Les registres d'état civil reflètent parfois les événements, souvent tragiques, qui ont marqué l'histoire locale. C'est le cas de la commune du Ham au temps de la chouannerie.

Image_3Août 1795. Le débarquement de Quiberon s'est soldé par un désastre pour les troupes royalistes. Mais le soulèvement des Chouans qui l'a secondé, dans le but de disperser les forces républicaines, se poursuit encore tout l'été. De la Bretagne au Maine, de l'Anjou à la Normandie, partout les administrations signalent des crimes, comme en témoignent celle du Mans : « La situation du département devient de jour en jour plus alarmante. Les assassinats se multiplient sur tous les points, et, malgré les soins et l'activité du général Aubert-Dubayet, rien ne peut arrêter le cours des atrocités que commettent les Chouans. » (Lettre au Comité de Salut public, 19 août 1795, Savary, t. V, p. 358)
Les archives conservent la trace de ces exactions, notamment dans les registres d'état civil, comme au Ham, une commune du nord-est de la Mayenne. En voici le texte extrait du registre de l'an III :

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Aujourd'hui vingt-neuvième jour du mois de thermidor l'an troisième de la République française une et indivisible à dix heures du matin par-devant moi Jacques Le Bourdais maire de la commune du Ham département de la Mayenne faisant les fonctions d'officier public de ladite commune du Ham élu pour recevoir les actes destinés à constater les naissances les mariages et les décès des citoyens
Est comparu en la maison commune les citoyens Joseph Brisard et René Laurent cultivateurs le premier âgé de soixante ans le second de cinquante quatre ans domiciliés dans la municipalité du Ham département de la Mayenne
Lesquels m'ont déclaré que hier vingt-huit thermidor présent mois
 [15 août 1795] sur les quatre heures du soir il s'est fait une fusillade par les Chouans dans le bourg de ladite commune du Ham de laquelle fusillade a été mis à mort le citoyen Jaudain commandant de la force armée depuis Alençon jusqu'à Mayenne et un gendarme dont le corps fut enterré le même jour par ordre de la troupe du Ribay [commune voisine du Ham]
D'après cette déclaration je me suis sur le champ transporté au bourg dudit Le Ham pour m'assurer de la mort des deux susdits et j'en ai dressé le présent acte que Joseph Brisard et René Laurent ont déclaré ne savoir signer
Fait à la maison commune du Ham le jour mois et an ci-dessus.


La reprise en main des territoires insurgés par Hoche, le vainqueur de Quiberon, à la fin de l'année 1795, mettra un terme au soulèvement chouan.

Illustrations : la statue de Hoche à Quiberon ; extrait du registre d'état civil de la commune du Ham pour l'an III (Archives de la Mayenne en ligne -> Le Ham -> 1795 -> pp. 125-126)