Lors de sa conférence à l'Historial de la Vendée, Élodie Cabot, anthropologue à l'I.N.R.A.P., a dévoilé les premiers résultats des fouilles menées place des Jacobins au Mans. Elle en a déduit des informations importantes sur l'un des épisodes majeurs de la Guerre de Vendée, la bataille du Mans qui s'est déroulée du 10 au 13 décembre 1793.

Elodie Cabot anthropologue a l'IAprès avoir rappelé brièvement les origines de l’insurrection vendéenne et décrit les succès et les revers de la Grande Armée Catholique et Royale, elle en est arrivée à la Virée de Galerne et à la bataille du Mans où périrent entre 2 et 5.000 vendéens et quelques centaines de soldats républicains et de civils manceaux après l’attaque générale du 13 décembre lancée par les généraux Marceau et Westerman. Nous n’avons étudié que neuf fosses, soit 159 sujets ce qui correspond à 4 et 8 % des victimes supposées qui doivent se trouver dans d’autres fosses près de la Cathédrale, précise Elodie Cabot qui a défendu ce projet avec véhémence, car les neuf charniers creusés entre 30 et 50 cm du sol, se situent au-dessus d’un site archéologique antique qui se trouve à 9 m de profondeur.

Ces fosses se trouvent dans le Quinconce des Jacobins qui étaient les anciens jardins du couvent des Cordeliers laissés à l’abandon depuis 1789. Les fouilles ont durée de mai à septembre 2010 et ont mobilisé six personnes sur 1 000 m². Huit des neuf fosses sont rectangulaires et les corps enchevêtrés recouverts de chaux. L’autre est semi-circulaires et les corps paraissent avoir été disposés avec un certain respect des rites funéraires. On ne peut pas tirer de conclusions sur l’identité de ces corps. Il se pourrait que ce soit les premiers mis en terre et qu’après les Manceaux, débordés par la tâche à accomplir, aient enterrés rapidement les corps recouvert de chaux pour éviter les épidémies, explique l’anthropologue à l’I.N.R.A.P.

Les enjeux et les premiers résultats

Les fouilles des charniers du MansLes premières études permettent une identification des types de combats, de déterminer les causes de la mort par les traces de coups et de connaitre le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants. Par des analyses ADN, nous recherchons à identifier la maladie brigantine décrites par les chroniqueurs, précise la conférencière. Ces études permettent aussi de caractériser une population rurale du XVIIIe siècle dans l’Ouest de la France.
Pour faire ces fouilles, les spécialistes se servent d’outil de dentistes, d’aspirateurs, de pinceaux. Ils étayent chaque niveau. Chaque individu est répertorié sur une fiche. Chaque os est remis a sa place et il y en a 206 par squelette. L’enregistrement des détails est immédiat, autrement c’est perdu. Photographies, croquis pour conserver ce qui a été trouvé dans leur position. On a retrouvé des éléments de costumes comme des boutons de régiment en os, en métal et en verre. Il y a des objets personnels d’une certaine valeur ce qui prouve qu’il n’y a pas eu de dépouillement systématique des cadavres, raconte Elodie Cabot.
Sur les 159 sujets, il y a 23 immatures, 28 de sexe indéterminé et 136 adultes, dont 38 femmes. Les Vendéens seraient en majorité des hommes, sans jeunes enfants. Les traces des blessures à l’arme blanche, sabres, ou par balles et mitrailles, montrent la violence des combats : corps à corps, charges de cavalerie, embuscades, fuite.

Le devenir des corps

Un des corps exhumesAucun corps ne peut avoir une identification certaine. Certes, il y a une majorité de Vendéens mais il y a aussi des républicains et des Manceaux. Aujourd’hui, les ossements sont regroupés dans le laboratoire de l’I.N.R.A.P. à Nantes. Elodie Cabot doit rendre ses premières conclusions en 2012 mais elle peut étudier ces corps jusqu’en 2014. Ensuite, les scientifiques remettront les ossements à la D.R.A.C. Il se posera alors la question : Qu’en fait-on ? Tous sont d’accord pour qu’ils soient inhumés dignement. Certains souhaiteraient un monument soit au Mans, soit aux Lucs-sur-Boulogne. D’autres à Saint-Florent-le-Vieil. Il faudra que les politiques prennent une décision en tenant compte du génocide vendéen.*

Article publié par vendeeinfos.com le 28 mai 2011.
 
* Réflexion personnelle : Et pourquoi ne pas les montrer dans un Mémorial, un Yad Vashem vendéen ? Les enfouir dans la terre, n'est-ce pas prendre le risque d'y ensevelir leur mémoire ? Pour le plus grand bonheur de ceux qui nient la réalité des massacres, faute de preuves visibles… Souvenons-nous des Lucs-sur-Boulogne ou du puits du château de Clisson !

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(par le Souvenir Chouan de Bretagne)