Il y a 218 ans, Sapinaud tombait les armes à la main face aux républicains. La mort de ce chef respecté, chargé de la défense du front méridional de la Vendée, fut une grande perte pour l'Armée du Centre dont il était l'âme.

Amédée de Béjarry a rapporté cet épisode dans ses Mémoires :

La Garde du LayL'armée républicaine de Luçon avait reçu des renforrts qui l'avaient portée à 8.000 hommes de toutes armes. Sandoz avait été remplacé par le général Tuncq, plus capable et plus actif. Le point d'intersection des routes de Fontenay et de La Rochelle (les Quatre-Chemins de Luçon) était occupé fortement, et Saint-Hermine avait une garde nationale, augmentée des réfugiés, la plupart protestants, qui avaient fui le Bocage, dont ils ne partageaient nullement les opinions. Entre ces forces républicaines et les Vendéens, il y avait d'assez fréquentes rencontres d'éclaireurs, mais, de part et d'autre, on ne se sentait pas en mesure de faire une attaque sérieuse.

La mort de SapinaudTuncq, à qui cette inaction pesait, résolut de tenter une surprise sur la ligne du Lay, qu'il savait bien défendue. Le 24 juillet 1793, il partit de Luçon, avec un corps composé d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie. Il prit en chemin l'adjudant général Canier, qui commandait le poste des Quatre-Chemins, et vint faire une halte à Sainte-Hermine, où il ajouta à sa petite armée quelques centaines de gardes nationaux. A la nuit, il se mit en route, prit la gauche, en se dirigeant sur le pont Charron, tandis que Canier se portait sur la droite. Conduit par un guide, il parvint à tourner Saint-Philbert, et traversa le Lay à un gué, au-dessus de ce bourg. Une fois sur la rive droite, il vint prendre à revers la garde du pont, qu'il surprit. Les paysans n'aimaient pas à combattre dans une obscurité qui ne leur permettait pas de distinguer leur ennemi. Etonnés de se voir attaqués de ce côté, ils se laissèrent ébranler. Le pont fut forcé. M. de Sapinaud, au premier bruit, était accouru avec une trentaine de cavaliers, dont faisaient partie mon père et M. Ussault. Rien n'étant signalé, du côté du pont Charron, il se retourna vers l'autre pont, se portant en toute hâte sur le lieu de l'attaque. Mais, ne sachant où était l'ennemi, il envoya mon père, avec quelques hommes, pour reconnaître le terrain. Ils n'avaient pas fait deux cents pas qu'ils aperçurent, dans un pli du terrain, un corps républicain, couché à plat ventre. Les éclaireurs firent volte-face, et l'ennemi, se voyant découvert, fit sur ces quelques hommes une décharge qui ne les atteignit pas; mais une balle alla frapper derrière eux le pauvre général, qu'ils virent tomber et se débattre sans pouvoir le secourir. Sapinaud fut achevé à coups de sabre par les cavaliers républicains.

Album vendeen le Pont CharronLe pont Charrault était forcé; la colonne, qui était sous le commandement de Canier, se retourna vivement vers le pont Charron, qu'attaquait Tuncq par l'autre rive. Celui-ci put faire passer un corps de cavalerie, à gué, au-dessous du pont, et le poste vendéen fut attaqué de tous les côtés à la fois. Malgré une résistance assez vive, ils ne purent attendre le secours qui venait de Chantonnay. Le pont fut enlevé. Les Vendéens se replièrent sur ce bourg; mais, privés de leur chef et ne sachant à quelle force ils avaient affaire, ils l'évacuèrent pour attendre les Bleus à quelque distance, dans le cas où ils tenteraient, en plein jour, d'arriver jusqu'à eux.

Ceux-ci ne l'osèrent pas. Entrés dans le bourg, ils prirent à la hâte ce qu'ils trouvèrent et repassèrent le Lay, n'osant pas essayer de garder ces postes importants qui leur auraient permis de porter en avant leur ligne d'opération.

Illustrations : carte de la Garde au Lay (front sud de la Vendée Militaire); la mort de Sapinaud (extrait de l'Album vendéen de A. Lemarchand et Th. Drake).