L'insurrection de Lyon constitue un des nombreux exemples de résistance à la dérive totalitaire de la Révolution. Il faudra un siège de deux mois, du 9 août au 9 octobre 1793, pour venir à bout de cette ville qui refusa le régime terroriste qu'une poignée d'extrémistes voulaient imposer à tout le pays.

Decret destruction de LyonLa Révolution avait ruiné les industries lyonnaises du luxe et de la soie. Les plus riches clients avaient émigré, tandis que les déclarations de guerre à l'étranger avaient rompu le commerce avec le reste de l'Europe. Le chômage des nombreux ouvriers des soieries profita à Joseph Chalier, un des supposés « vainqueurs » de la Bastille, dont les propos incendiaires répandus après le 10 août 1792 contre les riches devaient permettre l'accession au pouvoir. La fonction de maire lui fut cependant soufflée par le candidat des Girondins modérés, Antoine Nivière-Chol. En conflit avec ce dernier, Chalier organisa un coup de force contre l'hôtel de ville, le 6 février 1793, instituant de là une dictature sanguinaire, en dépit de l'absence de soutien dans la population. Chassé par la réélection de Nivière-Chol à la mairie, le Montagnard revint à la charge grâce à l'appui d'une troupe envoyée par la Convention au début du mois de mars. Chalier et ses amis reprirent leurs agissements tyranniques, dressant des listes de proscription, levant de nouveaux impôts forcés.

Decret Lyon Ville-AffranchieMenacée dans ses biens et sa vie, la bourgeoisie lyonnaise se révolta le 29 mai contre cette petite minorité extrémiste. Chalier fut arrêté, jugé et guillotiné le 15 juillet. La nouvelle de sa mort poussa la Convention à lancer une campagne militaire contre la ville de Lyon. Celle-ci débuta autour du 9 août. Malgré une résistance héroïque à un contre dix, les Lyonnais durent céder au bout de soixante jours de siège. La répression terrible fut confiée à Collot d'Herbois et à Fouché. Les prisonniers, trop nombreux pour être guillotinés, furent exécutés en masse au canon tirant de la mitraille, dans la plaine des Brotteaux. La Convention décréta le 12 octobre que Lyon serait détruit (ce qui ne fut que partiellement exécuté, faute de moyens) et que son nom serait rayé du tableau des villes de la République pour être remplacé par Ville affranchie. Son sort n'est pas sans évoquer celui qui sera réservé à la Vendée.

Deux édifices commémorent cet épisode sanglant de la Terreur à Lyon :
– La chapelle expiatoire des Chartreux, bâtie sur les lieux de massacres (58, rue Pierre Dupont, dans le 1er arrondissement);
– La chapelle des Brotteaux, où furent déposés les ossements de deux cents Lyonnais fusillés le 3 décembre 1793 dans la plaine des Brotteaux (147 rue de Créqui, dans le 6e arrondissement).

Illustrations : le décret de la Convention portant que la ville de Lyon sera détruite et son nom effacé du tableau des villes de la République, 21 vendémiaire de l'an II (12 octobre 1793).