La révolte qui secoua le Châtillonnais* du 19 au 24 août 1792 éclata trop tôt. Elle fut pourtant un coup de semonce qui aurait dû alerter les autorités sur les risques que leur politique anticatholique faisait courir au pays. Elle fut aussi, et surtout, une répétition de leurs mesures de répression.

Chatillon sur Sevre le chateauLes décrets de la Législative à l'encontre des prêtres réfractaires n'en finissaient pas d'exaspérer les gens du Bocage. Celui du 27 mai 1792 les menaçait à présent de déportation. Le mois suivant, les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres ordonnaient l'emprisonnement de ces insermentés dans leur chef-lieu respectif. Parallèlement, la déclaration de guerre à l'Autriche, le 20 avril, fut suivie au mois d'août par une levée de « volontaires », dont les conséquences étaient prévisibles.

Le 19 août, une bande armée se porta sur Moncoutant, puis sur La Forêt-sur-Sèvre et Cerizay, faisant sonner le tocsin et appelant les paysans à la révolte. Leurs chefs s'appelaient Adrien-Joseph Delouche, de Bressuire, et Gabriel Baudry d'Asson, un ancien militaire qui vivait retiré dans ses terres à Saint-Marsault. Ce dernier engagea les insurgés à marcher sur Châtillon-sur-Sèvre (l'actuel Mauléon), chef-lieu du district. La ville fut emportée sans combat le 21 août de bon matin. Le district fut pillé, ainsi que quelques maisons de patriotes, mais personne ne fut violenté.

Carte des Deux Sevres en 1790A l'annonce de ce coup de force, les autorités de Cholet mirent rapidement sur pied une petite troupe de gardes nationaux qu'elles envoyèrent reprendre Châtillon. Les soldats investirent la ville que les révoltés avaient évacuée pour marcher sur Bressuire, ne les rencontrant qu'à la hauteur de Rorthais, avant de se replier sur le chef-lieu du district pour y passer la nuit.

Pendant ce temps les rebelles avaient rameuté des renforts dans toutes les communes environnantes pour partir à la conquête de Bressuire, le 22 août. Mais la ville était fortifiée et les assaillants, mal organisés, ne parvinrent pas à forcer ses défenses. Le 24, un combat eut lieu aux Moulins de Cornet, qui donna la victoire aux assiégés. Cette déroute qui fit 500 morts parmi les paysans, signa la fin de leur soulèvement.

La répression fut cruelle. Des gardes nationaux tranchèrent les nez et les oreilles de leurs victimes pour en faire des colliers. Plusieurs témoins attestent ce fait épouvantable et bien d'autres, comme celui de ce patriote qui épingla fièrement une oreille en guise de cocarde.

Decret Chatillon aout 1792Le 30 août, l'Assemblée législative décréta, à titre de sanction contre ses habitants, que la ville de Châtillon ne serait plus le chef-lieu du district, au bénéfice de Bressuire. La situation n'a pas changé depuis lors.

Un profond ressentiment agita les campagnes bressuiraises jusqu'à la fin de l'année 1792. La plupart de municipalités restèrent vacantes ou désorganisées, la colère couvait. Mais l'horreur des représailles exercées par les gardes nationaux retiendra encore plusieurs mois le bras des paysans. C'est ce qui explique pourquoi ce coin des Deux-Sèvres ne se souleva qu'un mois après la grande insurrection de mars 1793.

* Le Châtillonnais désigne, aujourd'hui encore, la région de Mauléon (Deux-Sèvres). La ville porta le nom de Châtillon-sur-Sèvre de 1736 à 1840.

Illustrations : la porte du château de Mauléon (toujours visible); carte du département des Deux-Sèvres en 1790 (Châtillon est chef-lieu de district); loi ordonnant le transfert du siège du district de Châtillon à Bressuire (30 août 1792).