L'expression a fait florès dans la littérature révolutionnaire. Elle trouve son origine dans un discours prononcé à la tribune du club des Jacobins, le 30 août 1793, par Royer, qui n'imaginait peut-être pas le succès qu'allait rencontrer sa proclamation.

Guillotine« Qu'on place la terreur à l'ordre du jour, c'est le seul moyen de donner l'éveil au peuple et de le forcer à se sauver lui-même… » La phrase a été prononcée dans l'effervescence de l'été 1793, au cours duquel l'assassinat de Marat (13 juillet), le soulèvement de la Vendée, la révolte de Lyon et la perte de Toulon enflammaient les esprits.

Elle fut relayée dès le lendemain par une députation des Jacobins à la tribune de la Convention : « Il est temps que l'égalité promène sa faux sur toutes les têtes, il est temps d'épouvanter tous les conspirateurs. Eh bien ! législateurs ! placez la terreur à l'ordre du jour ! » A ces mots, les applaudissements ébranlèrent la salle.

Bertrand BarereL'initiative fut très vite récupérée par – devinez qui? – Barère (ci-contre), qui proposa d'inscrire ce mot d'ordre dans la loi. « Depuis plusieurs jours, les aristocrates de l'intérieur méditent un mouvement. Eh bien ! ils l'auront, ce mouvement, mais ils l'auront contre eux ! ils l'auront organisé, régularisé par une armée révolutionnaire qui exécutera enfin ce grand mot qu'on doit à la commune de Paris : Plaçons la terreur à l'ordre du jour ! » Son discours incendiaire accoucha de plusieurs décrets, votés à force d'acclamations par les députés le 5 septembre 1793 :

– Le premier décret créa une armée révolutionnaire de 6000 hommes et 1200 canonniers.
– Le deuxième exila de Paris tous ceux qui avaient appartenu à la maison militaire du roi ou de ses frères.
– Le troisième ordonna que les Girondins emprisonnés (Brissot, Vergniaud, Gensonné, etc.) soit immédiatement traduits devant le tribunal révolutionnaire. Ils ne vont pas tarder à faire les frais de la furie révolutionnaire, tout comme la reine Marie-Antoinette.
– Le quatrième rétablit les visites domiciliaires de nuit.
– Le cinquième ordonna la déportation des filles publiques parce qu'elles «corrompaient les mœurs et qu'elles énervaient le républicanisme des jeunes citoyens». (et Dieu sait qu'ils étaient énervés…)
– Le sixième vota une solde de 2 francs par jour aux ouvriers qui quitteraient leurs ateliers pour assister aux assemblées de leur section, et de 3 francs par jour aux hommes du peuple qui seraient membres des comités révolutionnaires. Ce décret visait à renforcer la pression des éléments les plus extrémistes sur les assemblées.
– Le septième et dernier décret réorganisa le tribunal révolutionnaire, dont les juges et les jurés furent choisis par la Convention elle-même parmi les patriotes les plus exaltés. Ce texte voté le 5 septembre, aggravé par la loi des suspects du 17 septembre 1793, fonda la « justice » de la Terreur qui ne prendra fin qu'à la chute de Robespierre en juillet 1794.