Une lettre du représentant en mission Garnier de Saintes, rédigée le 4 janvier 1794, évoque la fin prochaine du prince de Talmont qui vient de tomber aux mains de ses ennemis, ainsi que le sort qui attend les Chouans.

Interrogatoire de Talmont 1794Vexé de n'avoir pas été nommé généralissime à la place de Fleuriot, Talmont a quitté l'armée vendéenne à Blain pour rallier les Chouans du Bas-Maine. Mais seulement dix jours après, il est capturé par une patrouille près de Bazouges-du-Désert, au nord de Fougères, le 31 décembre 1793. Transféré à Rennes le 2 janvier, il est interrogé par Esnue-Lavallée, député de la Mayenne à la Convention.

Voici la lettre de Garnier de Saintes, député de la Charente-Inférieure, datée du 15 nivôse an II (4 janvier 1794) :

L'ex-prince de Talmont vient d'être arrêté auprès de Fougères. Ce Capet des brigands, souverain du Maine et de Normandie (1), mérite bien de figurer sur le même théâtre que son défunt confrère. J'ai écrit à mon collègue Lavallée, pour le faire transférer à Paris; avec ce grand prince on a arrêté le buzotique Bugon (2), ex-procureur-général-syndic du département du Calvados; c'était le chancelier de Talmont. Il aurait été à souhaiter qu'il eût assisté à la cérémonie, pour apposer le sceau du couronnement de son maître; mais, mis hors de la loi, Lavallée le fera exécuter.

Affiches Angers 1794Les brigands exterminés, nous allons nous occuper de l'entier anéantissement des chouans; cette nouvelle horde de rebelles se grossit de tous les débris de l'armée anéantie des Vendéens. Le même sort les attend, et je ne pense pas, parmi les malveillants qui nous restent encore, qu'il s'en trouve d'assez insensés pour faire à l'avenir un pareil métier.

Talmont ne sera pas transféré à Paris, mais conduit à Vitré devant une commission militaire qui le condamnera à mort, puis envoyé à Laval le 27 janvier pour y être guillotiné devant l'entrée de son château. Cette exécution ne mettra cependant pas fin à la révolte des Chouans, comme le croyait naïvement Garnier de Saintes. Au contraire, celle-ci allait prendre au fil de l'année 1794 de plus en plus d'ampleur…

(1) Les possessions du prince de Talmont s'étendaient en grande partie sur la région de Laval à Vitré.
(2) Charles-Hippolyte Bougon-Longrais, du parti girondin (comme Buzot), organisa un soulèvement fédéraliste dans le Calvados. Mis hors-la-loi, il rallia les Vendéens après la prise de Fougères le 3 novembre 1793, et leur proposa de marcher sur la Normandie. Arrêté avec Talmont, il fut condamné à mort le 3 janvier 1794.

Illustrations : L'interrogatoire du prince de Talmont, par Jules Benoit-Lévy; Les Affiches d'Angers du 22 nivôse an II.

Source : Les Affiches d'Angers, consultables sur le site des Archives départementales du Maine-et-Loire en ligne, Presse, sélectionner Les Affiches d'Angers -> 1794 -> janvier -> page 14/36.