Le livre de Reynald Secher, Vendée : du génocide au mémoricide n'en finit pas de faire couler une encre salutaire. Parmi l'abondante revue de presse, signalons deux articles publiés hier.

Le premier, signé par Denis Tillinac, est paru dans le dernier numéro de Valeurs Actuelles et mis en ligne sur le blog de ce magazine. En voici un extrait :

Denis TillinacPuisque nos édiles ont cru devoir statuer sur un «génocide», ils seraient bien inspirés de s’intéresser à la campagne d’extermination dont furent victimes les Vendéens sous la Convention. Préfacé par le président d’Avocats sans frontières Gilles-Wiliam Goldnadel, le livre récent de l’historien Reynald Secher produit des preuves accablantes. Les critères qui qualifient un génocide en droit international émanent clairement des documents officiels qu’il s’est procurés au terme d’une recherche longue de plusieurs décennies. Pourquoi pas un vaste débat sur ce livre rien moins qu’anodin ? L’enjeu est capital pour notre mémoire : le mythe de la Révolution, la genèse du totalitarisme du XXe siècle. Il rejoint la chaîne des réflexions inspirées à juste titre par le génocide des juifs par les nazis, et les persécutions antisémites d’hier et d’aujourd’hui, y compris celles du régime de Vichy. Commanditée par Robespierre avec l’aval de tous les membres du Comité de salut public, la campagne de Carrier et Turreau ne fut pas un accident de parcours historique mais la conséquence rationnelle d’un présupposé idéologique. Exactement comme les crimes de Lénine, de Hitler et de Staline.
À défaut d’une loi mémorielle, qui serait au moins aussi justifiée que celles dont le législateur nous a dotés ces dernières années, il serait opportun de s’appesantir sur ce sujet crucial. La plupart des historiens et les politiques l’occultent depuis deux siècles, et je me souviens que Chaunu s’en indignait. Il avait raison. À gauche, on a peur d’une vérité qui mettrait à nu des fantasmes récurrents, encore que camouflés ; à droite on a peur… des ombres de la gauche. Puisse néanmoins ce livre de Secher inspirer les plus courageux : le venin idéologique ayant toujours tendance à contaminer des esprits en France, nous sommes tous des Vendéens en sursis !

(Lien vers le texte intégral de cet article de Denis Tillinac)

Le second article est à lire dans le Courrier de l'Ouest, édition de Cholet, du jeudi 5 janvier 2012. Il livre le point de vue du général Philippe Lafoix, natif de Bressuire :

General LafoixLa guerre de Vendée a été un sujet quasi tabou dans notre Bocage bressulirais alors que son impact a été considérable, explique le militaire. Des familles entières ont été décimées, un de mes aïeux, accusé de «brigand de la Vendée», a été guillotiné à Niort. Des villages, des maisons, des fermes ont été pillés, brûlés comme le bourg de Cirières le 24 janvier 1794 par la colonne Grignon. Parallèlement et pendant plus d'un siècle, cette histoire a été falsifiée, occultée. Philippe Lafoix raconte qu'élève d'une école privée catholique, il se souvient d'une image d'un livre d'histoire de France où le «Pacificateur» était glorifié et où en revanche les Vendéens étaient soit des paysans royalistes idolâtres, soit des prêtres réfractaires.

Paradoxalement, il a fallu attendre l'année du bicentenaire de la Révolution Française en 1989 pour qu'enfin la vérité sur cette période particulièrement trouble et triste éclate et soit connue du public. Le Général revient sur le livre de Reynald Sécher : Je ne mets nullement en cause les compétences des universitaires, experts en histoire de la Révolution française. Mais les critiques sur ce livre me font de la peine. Elles ne prennent pas en compte la dimension humaine du traumatisme causé dans les familles suite aux exécutions sommaires et indicibles des femmes, des enfants, des vieillards, des bébés encore aux seins de leur mère, non seulement parce qu'ils étaient des combattants «Blancs» ou des sympathisante  «Bleus» mais simplement parce qu'ils étaient «Vendéens». 

Le général Philippe Lafoix poursuit : Comme toute œuvre humaine, Vendée : Du génocide au mémoricide souffre sûrement de quelques imperfections mais ne pas reconnaître qu'il y a eu génocide, suite à des consignes données par la Convention et son exécutif, le Comité de salut public, relève d'une mauvaise foi certaine ou d'un réflexe idéologique plus qu'inconscient. En vérité, les Vendéens de souche n'ont pas attendu les docteurs ès négationnismes ou ès sémantismes pour dire qu'il y a eu  «extermination» et «dépopulation», «crime contre l'humanité», et non crime de guerre ou populicide substantif pourtant inventé par Gracchus Babeuf, révolutionnaire qu'on ne peut pas accuser d'être réactionnaire.

Les Vendéens de souche vivent ce génocide dans le silence de leur cœur et la plaie est loin d'être cicatrisée. Le général poursuit : Ce débat a au moins le mérite de ne pas faire tomber dans l'oubli le génocide des Vendéens. Après celui des Juifs, le génocide des Arméniens est enfin reconnu, la France, pays de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, s'honorerait en reconnaissant officiellement le génocide des Vendéens. Cette action participerait au devoir de mémoire et sonnerait peut-être le glas des «Mémoricides» du monde entier.