Un lecteur vigilant a signalé que la Vendée a été brièvement mentionnée ce matin lors d'un débat dans l'émission Politique Matin sur la chaîne LCP. Brièvement, dix secondes tout au plus, pour être balayée sottement d'un revers de main par le journaliste Gérard Leclerc.

LCP genocide vendeenÇa n'aura pas duré longtemps, quelques mots, une phrase à peine, pour rejeter l'idée qu'on puisse accuser la France d'avoir jamais été coupable de génocide. Gérard Leclerc a aussitôt coupé court à cette thèse, affichant par là même une superbe ignorance. Pour lui, la Vendée n'est qu'un département créé en 1789 (sic), il y avait des républicains en Vendée, dans les villes notamment, il n'y a pas eu de génocide en Vendée (re-sic). Point final. Et Patrick Chêne en remet une couche : Nous sommes assez d'accord sur ce sujet. De grâce, Messieurs les journalistes, si vous ne maîtrisez pas le sujet, n'en parlez pas !

Pour information, le département de la Vendée a été créé, comme les autres, en 1790, mais il ne faut pas le confondre avec la Vendée insurgée (la Vendée Militaire des historiens), qu'il ne recouvre qu'en partie. Il y avait effectivement des patriotes sur ce territoire, dont beaucoup ont fui lors du soulèvement de 1793. Ceux qui sont restés sur place ont été parfois massacrés lors du passage des Colonnes infernales. Car des lois d'extermination, élaborées au sein du Comité de Salut public et votées par la Convention, ont été mises en œuvre contre la population de ce territoire vendéen. Et c'est bien cela qui qualifie un génocide selon la Convention adoptée par l'O.N.U. en 1948.

Rappelons donc ce qu'est un génocide selon les termes de l'article 2 de cette Convention : Le crime de génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

1. Meurtre de membres du groupe ;

2. Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;

3. Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;

4. Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

5. Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.

Les études historiques les plus récentes ont mis en valeur ces actes dans le cadre de la répression menée contre la population vendéenne – identifiée selon le critère religieux – durant la période 1793-1794. Les textes abondent pour prouver ce crime de génocide, depuis les lois d’extermination votées par les députés, jusqu’aux ordres des membres du Comité de Salut public, signés de leur main.

Ce crime de génocide, juridiquement établi, s’est doublé d’autre part d’un crime contre la mémoire. La Vendée a construit son identité en réaction à la politique d’extermination dont elle a été l’objet sous la Terreur. Elle en souffre d’autant plus du fait que ce crime est nié au point que ses auteurs ont été honorés, tandis que les victimes attendent toujours d’être reconnues, ce qui perpétue jusqu’à aujourd’hui l’acte génocidaire comme nous venons une fois encore de le constater ce matin.

Voilà pour cette mise au point.

Lien vers l'émission Politique Matin du 24 février 2012 (le génocide vendéen est abordé à la 47e minute).