La mise en œuvre de la Constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790, rencontra de vives oppositions en Bretagne, comme dans tout l’Ouest de la France. Les autorités se mirent alors en tête de porter la lumière des idées nouvelles au fond de ces campagnes « égarées ».  

Serment constitutionnelLe rejet des prêtres assermentés dans de nombreuses paroisses rurales, et les troubles qu’il suscita, poussèrent en effet certains administrateurs départementaux – comme La Réveillère-Lépeaux dans les Mauges – à mener de véritables missions révolutionnaires pour convaincre les paysans de se détourner des « prêtres turbulents » (les réfractaires au serment constitutionnel). Autre motif d’inquiétude, et non des moindres, la perception des impôts souffrait de ce climat de révolte.

C’est ce qu’on peut lire dans le discours d’un administrateur du Finistère, Louis Jean Marie Guillier, prononcé devant les habitants de Crozon le 12 février 1792. N’en déplaise à l’abbé Grégoire et autres pourfendeurs des idiomes régionaux, ce prêche révolutionnaire fut exprimé en breton. Après tout, quasiment personne ne l’aurait compris s’il l’avait été en français, sauf peut-être les derniers mots : « Vive la nation, la loi et le roi ! »

Outre son intérêt linguistique que les bretonnants apprécieront, on notera également dans le commentaire à la suite de ce discours un témoignage familial sur un prêtre réfractaire breton, l’abbé Richou.

Illustration : Caricature révolutionnaire illustrant le déchirement engendré par la Constitution civile du clergé.

Lien vers l’article Discours breton à Crozon le 12 février 1792, par F. Falc’hun, publié dans les Annales de Bretagne, 1962, vol. 69, pp. 429-442