Un jeune historien vient de se heurter à une cruelle réalité politique bien française : les grands noms de la Révolution sont sacrés, aussi criminels soient-ils.

Passionné par l’histoire de la Révolution française, Amaury Guitard a porté ses recherches sur la Guerre de Vendée, sans être vendéen pour autant. Il est en effet originaire de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), et c’est en parcourant les rues de sa ville natale qu’il a réalisé que plusieurs d’entre elles portent des noms de personnages historiques pour le moins contestables, en premier lieu Robespierre.

Montceau les MinesC’est donc plein de bonne volonté, et à la lumière des plus récentes découvertes sur la Terreur en Vendée, qu’il a contacté le maire de Montceau-les-Mines pour lui exposer cette triste réalité. Quitte à honorer de grands noms de la Révolution, il serait de meilleur aloi de choisir Mirabeau, La Fayette ou Condorcet, plutôt que Robespierre, Marat ou même Carnot dont la rue abrite l’hôtel de ville.

L’édile a eu la courtoisie de répondre, mais sa lettre laisse pantois. Se retranchant derrière « la thèse communément admise » – traduisez les études marxistes d’historiens bien connus, Soboul en tête – il botte en touche : « écrire l’histoire n’est pas le rôle des élus de la République ». Personne ne lui en demandait autant. Il s’agissait seulement de reconnaître qu’attribuer à une rue le nom d’un individu couvert de sang peut légitimement troubler tous ceux qui ont dépassé la mythologie révolutionnaire pour se confronter à la réalité des faits.

Mais il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Montceau-les-Mines conservera donc cette souillure au prétexte que des « milliers d’autres communes de notre pays » en font autant. En réalité, elles ne sont que 200 sur 37.000 (soit 0,005% des communes françaises). Comme quoi, tout le monde n’est pas l’esclave des légendes révolutionnaires.