La vente de souvenirs historiques évoquée le 25 juin dernier se déroulera cet après-midi. Il est encore temps d’y relever deux tableaux remarquables représentant les enfants de Louis XVI et de Marie-Antoinette, avant que ceux-ci ne disparaissent du catalogue.

Ce lot n°146 est constitué de deux pastels sur parchemin, au format 50 x 36 cm, sur leurs châssis d’origine. Le portrait de Marie-Thérèse est signé « De Sampsois, 1791 » en bas à droite, en rouge. Les deux Enfants sont vis-à-vis, accoudés à une table, sur un fond neutre. Le Dauphin, vêtu d'un habit bleu d'où ressort un col de dentelle ouvert, tient un compas qu'il applique sur le pied d'un globe terrestre que couvre sa main gauche tenant une loupe. Madame Royale, aussi vêtue de bleu et de dentelles, tient de la main droite un bouquet posé sur la table, et de l'autre main présente une plaquette ocre-brun ; une colombe s'est posée sur son épaule. Les visages sont clairs, de longs cheveux blonds cascadent sur les épaules, les regards sont bleus comme celui de leurs parents. Ils nous regardent. Le travail est un brin naïf, mais le rendu des visages est bon. L'estimation est de 4 à 6.000 €.

Louis XVII et Madame Royale

Ces portraits sont totalement inédits. Conservés jusqu'à cette année dans une gentilhommière de Picardie, ils sont révélés et publiés pour la première fois. Ce sont probablement les ultimes grands portraits des Enfants royaux, du temps où leur vie était encore heureuse. En 1791, le jeune Dauphin – que la Constitution nomme dès lors « le prince royal » – apprend les lettres, les sciences et la géographie sous la conduite de son père et de son précepteur. Dans une collection privée est conservé un habit bleu ayant appartenu à Louis XVII et en tous points semblable à celui qui figure sur le présent pastel.

Jean-François de Sompsois (ou de Samsois, ou de Sampsois), peintre français, se rendit à Saint-Pétersbourg en 1751-1752, où il fit le portrait de l'impératrice et de plusieurs dames de la Cour. Il revint en France, repartit à Saint-Pétersbourg en 1756, où il resta six ans, et retourna à Paris. Associé libre de l'Académie de Saint-Luc en 1775, il fut reçu maître-peintre à La Haye en 1778, où il demeura plusieurs années. Revenu à nouveau en France en 1788, il se lia avec le comte de Paroy, avec qui il fréquenta Mme Vigée Lebrun. Il quitta définitivement la France à l'automne 1791, et mourut en 1797.

Louis XVI et son filsAprès avoir suivi la carrière des armes, Guy Philippe Le Gentil, comte de Paroy (1750-1824), se mit à peindre et à graver ; il exposa dix-sept gravures lors du Salon de 1787. Il faisait partie du cercle intime de Mme Vigée Lebrun, et fut lui aussi élu à l'Académie de Saint-Luc. Ce fut pour faciliter l'éducation du Dauphin qu'il inventa la fameuse « lanterne magique ». Fidèle du Roi, il dessina en particulier la scène du 20 juin 1792, combattit lors de la journée du 10 août suivant. Même après 1793, il continua à faire et à vendre des portraits de la Famille royale. On lui doit l'Antigone française, représentant Marie-Thérèse de France. C'est vraisemblablement en s'inspirant du présent pastel de Louis XVII que le comte de Paroy a conçu et exécuté la gravure intitulée « Louis XVI s'occupant de l'éducation de son fils dans la tour du Temple » (ci-contre).

(extrait du catalogue de l’hôtel des ventes Drouot)