C’est ce que les éphémérides révolutionnaires nous ressassent, comme si tout l'Anjou versait dans les excès de la Révolution. En oubliant que ce sont les extrémistes qui formulent pareille adresse, à laquelle les autorités du Maine-et-Loire sont ouvertement opposées.

Angers la montee Saint MauriceDressons le décor. À Paris, la montée en puissance des Jacobins précipite les événements au cours de l’année 1792. La pression de l’émeute attisée par cette faction, éloigne des fonctions publiques les plus modérés, y compris de la nouvelle Assemblée législative, installée en octobre 1791, à laquelle les députés de la Constituante se sont interdit toute rééligibilité, ce qui a pour effet de priver celle-ci de cadres compétents. D’autre part, le serment civique imposé aux électeurs exclut de fait les religieux insermentés et ceux qui leur sont restés fidèles. Enfin, les élections sont si nombreuses et requièrent tellement de temps qu’un grand nombre d’électeurs, retenus par leurs métiers ou leurs affaires ne se présentent pas, « laissant le champ libre aux désœuvrés et aux fanatiques » (Taine, Les origines de la France contemporaine).

ChoudieuParmi les nouveaux députés du Maine-et-Loire, un certain Pierre René Choudieu, fer de lance de la Révolution en Anjou, fait son entrée à l’Assemblée, tandis que les anciens élus modérés angevins se replient sur le directoire du département. C’est ce Choudieu qui monte à la tribune, le 23 juillet, pour y lire une adresse rédigée à Angers le 18 du même mois : « Législateurs, Louis XVI a trahi la France et ses serments. Le peuple est son souverain. Prononcez la déchéance, et la patrie est sauvée ! » Son allocution est saluée par de grands applaudissements… venus des tribunes (Journal de l’Assemblée Nationale, 1792, volume 25).

Proces de GirondinsEn réponse à ces agitations jacobines, les autorités girondines du Maine-et-Loire ripostent le 24 juillet 1792, par la voix de Brevet de Beauséjour, ancien député aux Etats généraux, contre « ces révolutionnaires par métiers, ces éternels agitateurs, ces hommes qui vantaient, il y a quelques mois, la Constitution française comme le chef-d’œuvre de l’esprit humain, et qui n’en parlent plus maintenant que comme d’une timide ébauche, qui pourra fournir quelques principes au nouveau gouvernement qu’on prépare, c’est-à-dire à je ne sais quelle extravagante République, digne à peine de mépris et de pitié. » (L’Anjou historique n°222)

Les événements du 10 août 1792 finiront pourtant par donner raison à Choudieu : le roi sera déchu, sa famille internée au Temple, et les modérés angevins, en premier lieu Brevet de Beauséjour, seront conduits à l’échafaud en avril 1794.

Illustrations : à Angers, la montée Saint-Maurice, rebaptisée par les révolutionnaires « montée Ça ira » ; portrait de Choudieu par Maurice Delcourt (La Revue blanche, 1897) ; procès des girondins en octobre 1793.