Montaigu fut l'une de ces petites cités du Bocage disputées entre Blancs et Bleus en 1793, en raison notamment de sa position stratégique sur la grand'route de Nantes à La Rochelle. La ville conserve aujourd'hui quelques traces de cette histoire dans ses plaques de rues.

Rues vendeennes de Montaigu
Montaigu tombe aux mains des insurgés dès le 13 mars 1793. Un comité royaliste est formé trois jours après, afin d'administrer la ville libérée. Les Bleus ne reviennent à la charge que six mois plus tard, le 16 septembre, lors de l'offensive soutenue par le renfort des Mayençais. Beysser, qui en a la garde, en est vigoureusement chassé le 21. La série de victoires que les Vendéens viennent d'enchaîner ne leur permet pourtant pas de conserver cette place forte. Kléber la réinvestit sans coup férir le 30 septembre, avec son avant-garde de Mayençais. Montaigu reste dès lors occupé par les républicains jusqu'à la fin de la guerre.

Les rues de la ville rendent hommage à plusieurs figures locales de l'époque. A l'Amiral du Chaffault tout d'abord, évoqué ici dans l'inventaire des rues vendéennes de La Guyonnière. On trouve d'ailleurs une statue de cette gloire de la Royale sur la façade du conservatoire de musique. Viennent ensuite deux républicains montacutains, gratifiés d'une place et d'un buste de bronze, Louis Marie de La Revellière-Lépeaux (1753-1824) et Charles Dugast-Matifeux (1812-1894).

Le premier, élu député de l'Anjou aux Etats généraux de 1789, puis du Maine-et-Loire sous la Convention, réussit à conserver la tête sur les épaules en s'éclipsant sous la Terreur. Revenu sur le devant de la scène en 1795, il devint l'un des principaux dirigeants du Directoire. Fermement anticatholique, il tenta de promouvoir une nouvelle religion, la théophilanthropie, qui n'eut guère plus de succès que les autres cultes civiques. Sa carrière politique s'acheva en juin 1799, lui laissant encore de longues années pour écrire ses mémoires.

Dugast MatifeuxLe second, Charles Dugast, ajouta à son patronyme le nom de Matifeux, domaine familial où il naquit en 1812. Coquetterie aristocratique dont la bourgeoisie s'est toujours régalée… Ce républicain convaincu, féru d'histoire, amassa une vaste collection de livres et de documents qui constitueront le « fonds Dugast-Matifeux » légué à la Bibliothèque municipale de Nantes. Il publia également plusieurs de ses travaux sur la Révolution française.

Pour l'anecdote, leurs bustes inaugurés en 1886 pour La Révellière-Lépeaux et 1908 pour Dugast-Matifeux, furent tous les deux fondus par les Allemands sous l'Occupation, comme la statue du général Travot à La Roche-sur-Yon ou celle de Poulain-Corbion à Saint-Brieuc. Ils seront remplacés par de nouveaux modèles, le premier en 1954, le second en 1958. Ni Travot, ni Poulain-Corbion n'auront pas ce privilège.

Les Bleus, toujours à l'honneur, sont également représentés par les Goupilleau, Jean François (1753-1823) et Philippe Charles Aimé (1749-1823). Issus de la bourgeoisie locale, ces deux cousins germains profitèrent de la Révolution pour accroître leur fortune. Jean François Goupilleau, dit « de Fontenay », se fit élire député de la Vendée à la Convention en 1792, puis du Directoire en 1795. Exilé sous la Restauration, il revint s'établir, à son retour en France en 1819, auprès de son cousin. Ce dernier, Jean François Goupilleau, dit « de Montaigu », connut une carrière similaire. Elu député de la Vendée à la Législative, à la Convention, puis sous le Directoire, il fut envoyé en mission dans son département insurgé en 1793. Il fut toute sa vie animé par un anticléricalisme virulent.

Qu'on se rassure, les Blancs sont également représentés à Montaigu. Après l'Amiral du Chaffault, voici La Roche Saint-André. La famille a payé un lourd tribut à la Révolution. L'un de ses membres, Augustin Joseph (1756-1793), fit partie du comité royaliste de la ville. Officier dans l'armée vendéenne, il périt pendant la Virée de Galerne. Montaigu possède en outre une rue d'Elbée, mais malheureusement aucune plaque n'est là pour le signaler.

Ces plaques sont ajoutées à l'Album photos des rues vendéennes.

Note – Un lecteur cite également en commentaire le restaurant Le Cathelineau, recommandé parmi les bonnes adresses de ce blog (colonne de droite).