Une vente de souvenirs de Portalis (1746-1807) propose quelques pièces manuscrites intéressantes. Ce juriste, l’un des rédacteurs du Code civil, fut un témoin privilégié de la Révolution.

Signature du ConcordatSignature du Concordat entre la France et le Saint-Siège

Parmi les documents présentés figure un très rare brouillon d’un rapport au Conseil d’Etat sur l’organisation des cultes en 1802, après la signature du Concordat, auquel Portalis prit une grande part. L’orateur s’y fait un ardent défenseur du christianisme. Ce document de 116 pages (lot n°42) est estimé entre 10.000 et 15.000 euros.

Autre pièce à remarquer (lot n°151), un manuscrit autographe rassemble ses souvenirs politiques recueillis de 1787 à 1797, très instructifs sur la vie à Paris sous la Terreur. On y découvre par exemple, à la date du 28 juillet 1794, une description de l’exécution de Robespierre :

Manuscrit de Portalis« Les rues par lesquelles devaient passer les condamnés étaient remplies de spectateur, les fenêtres de toutes les maisons étaient ouvertes et on s’y pressait pour voir passer le sinistre cortège ; la foule était plus grande environ s’il se pouvait dans la Rue Royale et sur la Place de la Révolution. Au milieu de la cour du palais de justice, Robespierre et ses complices furent dans un assez grand nombre de tombereaux. Robespierre, à demi couché avait le visage enveloppé d’un linge ensanglanté. Le corps de Le Bas qui avait trouvé le moyen de se faire sauter la cervelle était étendu à ses pieds. Il n’avait pour toute escorte que le bourreau et ses valets. Trois gendarmes ouvraient la marche et avaient peine à écarter les flots du peuple. On portait devant eux un écriteau contenant ces mots : mort aux tyrans. Des cris de vive la république, mort aux tyrans se prolongeaient durant toute la route. A chaque instant, la foule se précipitait et entravait la marche. Il fallut plus de deux heures à ces malheureux pour arriver à la Place de la Révolution. L’instrument de supplice était dressé au pied de la statue de la Liberté. La place, les quais, le pont de la Révolution, les terrasses du jardin des Tuileries, les Champs Elysées pouvaient à peine contenir le nombre innombrable des assistants. Les toits des colonnades et les arbres étaient chargés d’hommes avides du spectacle qui se préparait. Les proscrits montèrent l’un après l’autre sur l’échafaud. Robespierre fut le dernier. Au moment où le bourreau saisissant par les cheveux sa tête toute sanglante la montra au peuple, à ce moment, un immense cri de Vive la République lui répondit et retentit jusqu’au ciel. Ce fut un véritable tonnerre. Jamais peut être une acclamation aussi imposante ne fut donnée à un acte si imprévu et si désiré de la justice du ciel. »

Cette vente est organisée par la maison de ventes Leclere (5 rue Courdouan 13006 Marseille), le samedi 24 novembre 2012, à 14h30. Les expositions publiques auront lieu du 21 au 23 novembre, de 10h à 19h, et le 24, de 10h à 12h.