Saviez-vous que « le mot Terreur n’a été utilisé qu’après la mort de Robespierre » ? Ne riez pas, c’est là une nouvelle fantaisie commise par l’infatigable bateleur de l’Université.

Reynald Secher Guerre de VendeeL’intérêt du public pour le dernier livre de Reynald Secher, Vendée, du génocide au mémoricide, a réveillé chez ses adversaires une animosité plus vive que jamais, dont les effets se manifestent dès qu’un média officiel se penche de près ou de loin sur la Révolution française.

Ce fut le cas le mois dernier pour le magazine GéoHistoire dans lequel Jean-Clément Martin, le cerbère de l’orthodoxie robespierriste, s’est livré au copié-collé habituel dans ce genre de publication : la Terreur ne serait qu’une conséquence regrettable d’un manque d’Etat, et d’ailleurs « du strict point de vue de la loi, il n’y eut pas de système de terreur, de régime de terreur, ni même de terreur à l’ordre du jour ». Voilà de quoi flatter les mânes de Barère. Pour étayer sa démonstration, Jean-Clément Martin n’hésite plus à tordre le cou à la chronologie, faisant intervenir des conventionnels avant même que la Convention ne fût établie. Le blog du Souvenir Chouan de Bretagne a riposté à cette publication.

Le personnage a, hélas ! récidivé dans le dernier numéro de Marianne dont le dossier « De quoi la France doit-elle s’excuser » s’apparente çà et là à un bêtisier de l’Histoire de France. Le chapitre « La Révolution entachée par la guerre civile » en constitue un bel exemple, introduit d’emblée par la question suivante : « Au moins 30.000 exécutions sur les ordres des tribunaux de la Révolution, certainement plus de 170.000 morts et disparus à la suite de la guerre de Vendée. Faut-il que la République se repente de la Terreur et des massacres dans l’Ouest ? » Pour Jean-Clément Martin la question ne mérite pas d’être posée, car elle n’a pas de sens à ses yeux. Merci pour les victimes…

Reynald Secher Genocide vendeenLa même soupe réchauffée nous est servie. « La mise à l’ordre du jour de la Terreur n’a pas été prononcée par la Convention en 1793 », peut-on lire. C’était bien la peine que Barère se donne tout ce mal, le 5 septembre 1793… Et même plus fort : « Le mot Terreur n’a été utilisé qu’après la mort de Robespierre (juillet 1794) pour le charger des crimes que l’opinion trouvait insupportables. » Etonnant, non ? D’autant plus que, quand on cherche le mot « terreur » dans le Moniteur entre le 1er juillet 1793 et la chute de Robespierre, on le trouve 274 fois ! Par exemple dans ce fameux discours sur les principes de morale politique, prononcé par Robespierre lors de la séance du 5 février 1794 : « … Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur ; la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu. » Tout cela n’aurait donc jamais été prononcé, certainement dû aux méfaits de quelque typographe royaliste.

Qu’importe, de toutes façons, pour Jean-Clément Martin, tout est la faute du roi. Il en avait déjà porté l'accusation dans GéoHistoire, en insinuant que le fait que des sans-culottes aient réclamé qu’on mette la terreur à l’ordre du jour ne serait qu’une imitation de ce que la monarchie avait fait auparavant. Il en rajoute une couche cette fois encore, en déchargeant les responsabilités des crimes et de la guerre civile sur Louis XVI : « Parce que le roi mène une politique ambiguë, les tensions dégénèrent en guerre civile, se poursuivent dans la fuite en avant de la guerre avec l’Europe. »

Egaré par ses excentricités, Jean-Clément Martin en oublierait presque de tacler Reynald Secher comme à son habitude. Il se contentera seulement de balayer d’un revers de la main les concepts de génocide et de mémoricide, sans pour autant mentionner le nom l’historien vendéen. « Qui pourrait en effet se repentir et de quoi ? » ajoute-t-il sèchement. J’en connais beaucoup qui pourraient combler son ignorance…

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