La question du génocide fait à nouveau la une de la dernière livraison (n°261) de la Revue du Souvenir Vendéen. L’éditorial et le premier article s’inscrivent dans la lignée du n°259 : reconnaissance des faits, mais non du mot.

Souvenir VendeenVoilà plusieurs mois que le Souvenir Vendéen a ouvert les colonnes de sa Revue au débat sur le génocide (1), débat auquel les adhérents ont été invités à participer. Certains d’entre eux ont toutefois manifesté le regret que les articles publiés dans les derniers numéros n’aient pas livré tous les points de vue sur la question, préférant emprunter une voie médiane, parfois difficile à cerner, qui tendrait à ménager deux parties apparemment irréconciliables.

C’est ce qui transparaît à nouveau dans l’éditorial de Jehan de Dreuzy, l’ancien président de l’association, qui rappelle en deux points la « position nuancée du Souvenir Vendéen ». Le premier, d’ordre juridique, admet d’abord la qualification de génocide selon le droit français (2) – ce qui, en soit, suffirait à clore le débat en faveur de la reconnaissance de ce crime à l’égard de la Vendée Militaire –, mais l’estime « contestée et contestable » selon les critères retenus par l’O.N.U. en 1948 qui auraient restreint cette qualification au seul caractère ethnique des victimes. Ce premier point mériterait, à son tour, d’être nuancé (3).

Second point développé dans l’éditorial, le Souvenir Vendéen œuvre à la réintégration de la Guerre de Vendée dans l’Histoire de France, et le débat autour du mot « génocide » risquerait de nuire à la reconnaissance des crimes eux-mêmes. L’idée est reprise dans l’article de Louis-Christian Gautier. Les faits sont là, les bilans humains, la politique d’extermination et son application, la longue liste des crimes, mais au moment de conclure la démonstration, la qualification de « génocide », si évidente pourtant, n’aboutit pas. Oui, il y a bien eu des crimes de cette nature, mais le mot « populicide » semble aux auteurs moins chargé de passions et moins anachronique puisqu’il fut forgé par un contemporain des événements, Gracchus Babeuf. Mais comment s’en contenter alors que cet ersatz de mot n’a aucune définition juridique, ni même académique ? Et faut-il que la Vendée s’accommode de ce « génocide light » pour (ré)intégrer l’Histoire de France ?

Notes :
(1) Ce débat ne date pas d’hier. C’est dans la Revue du Souvenir Vendéen de Noël 1969 que le médecin général Adrien Carré appliquait pour la première fois à la Vendée les notions de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, définies lors des procès de Nuremberg. Les membres de l’association reliront du reste avec beaucoup d’attention son excellent article La guerre du génocide, histoire d’un mot, paru dans la Revue n° 184, d’octobre 1993.

(2) « La qualification “génocide” correspond au cas de la Vendée Militaire en référence à l’article 221-1 du Code pénal de la République française qui identifie les victimes du crime à des groupes nationaux, ethniques, raciaux ou religieux “ou à un groupe déterminé à partir de tout autre caractère arbitraire”. » (Revue du Souvenir Vendéen, n°261, p. 1)
(3) La Convention de l’O.N.U. – comme le droit français – étend la qualification du génocide bien au-delà du seul critère ethnique, à tous les actes commis dans l'intention de détruire ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux : meurtre de membres du groupe ; atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe ; tous ces actes étant applicables en totalité au cas vendéen, comme M. de Dreuzy le rappelait lui-même dans son éditorial du n°237 de la Revue du Souvenir Vendéen.
D’autre part, contrairement à ce qui est écrit (en note 1), les génocides juif et arménien ne sont pas les seuls concernés par cette définition. L’O.N.U. elle-même, ou les tribunaux pénaux internationaux, ont aussi qualifié nommément de « génocide » les crimes perpétrés contre les Tutsis au Rwanda ou encore les massacres de Srebrenica commis en Bosnie-Herzégovine en juillet 1995, pour ne citer que deux exemples incontestables.