La Révolution française fut profondément antireligieuse. Mois après mois, elle enchaîna les mesures à seule fin d’éradiquer le christianisme de la vie quotidienne des Français. Bien plus que le Roi, l’Église restait le principal obstacle à la régénération de l’homme et de la société. Et 220 ans après, le combat continue…

17931793. Après s’en être pris aux biens du clergé (2 novembre 1789), légiférer contre les congrégations (13 février 1790), réorganisé l’Eglise de France par une Constitution civile (12 juillet 1790), imposé aux ecclésiastiques un serment de soumission à la loi (27 novembre 1790), condamné les réfractaires à la déportation (27 mai 1792) et supprimé les derniers ordres religieux (18 août 1792), les révolutionnaires ordonnent de débarrasser la France de tout souvenir de son passé chrétien. On détruit les croix et les calvaires, on saisit les cloches pour les fondre, on ferme les églises, on interdit toute manifestation extérieure du culte. On efface des communes de France tous les noms marqués du sceau du « fanatisme », selon la terminologie de l’époque. Enfin, en adoptant le 5 octobre 1793 le décret sur le nouveau calendrier révolutionnaire, la Convention va jusqu'à régénérer la mesure du temps. Les « saints » sont expulsés, les fêtes religieuses bannies. Plus question de chômer le dimanche, mais interdiction en revanche de travailler le décadi, le dernier des dix jours de la nouvelle semaine.

2013. La déchristianisation du pays est toujours à l’œuvre. Pour s’en convaincre, le blog de Jacques Attali en fournit un exemplaire édifiant. Inspiré par le débat autour du mot « mariage » dont il entend ôter toute connotation religieuse, l’écrivain souhaite aller plus loin en supprimant de notre société laïque les derniers restes de ses désignations d’origine chrétienne. « Par exemple, les jours fériés ne devraient être que laïcs, tels le 1er janvier, le 1er Mai, le 14 juillet et le 11 novembre. Les autres, dont les noms conservent encore une connotation religieuse (la Toussaint, Noël, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, l’Assomption) devraient se voir attribuer des noms laïcs (« fête des enfants » pour Noël et « fête de la liberté » pour Pâques) ou être considérés comme des fêtes religieuses, que les citoyens pourraient choisir comme jours fériés, parmi d’autres jours fériés pour d’autres fêtes religieuses (Kippour, l’Aïd, l’anniversaire du Dalai Lama). » Attali ajoute que « cette proposition n’est pas un caprice de laïc, soucieux d’affirmer une illusoire victoire sur le religieux. C’est au contraire une mesure de salut public ». « On rétorquera, conclut-il, que la France est fille ainée de l’Eglise et que cela donne à celle-ci quelques privilèges. On aura pourtant du mal à convaincre les générations à venir que les privilèges de la noblesse aient été abolis et que ceux d’un clergé devraient rester toujours aussi vivaces. »

Heureusement, les héritiers de la Révolution ne sont pas les seuls à ne pas avoir désarmé…

Illustration : Décrets de la Convention nationale des 3 février et 12 mars 1793, qui change la dénomitation des villes de Fontenay-le-Comte, de Mont-Dauphin, de Bourbon-Lancy et de Nogent-le-Roi.