Les recherches généalogiques recèlent parfois des souvenirs historiques laissés dans les registres paroissiaux par quelque prêtre ou vicaire soucieux d’en laisser une trace écrite. Les documents de l’époque révolutionnaire en sont la meilleure preuve, comme cette belle profession de foi du curé de Méaudre, datée du 4 mars 1791 et dénichée dans les archives de l’Isère, qui expose point par point les raisons de son refus de prêter serment à la Constitution civile du clergé.

Pretre refractaire 1

Protestations, confession de foi et déclarations

Je soussigné Pierre Coloy, curé de cette paroisse, prévoyant que bientôt la force civile m'obligera d'abandonner le troupeau que Jésus Christ notre saint père le pape et mon évêque m'avaient confié, soit pour lui enseigner les premiers principes de notre sainte religion catholique, apostolique et romaine, soit pour lui en expliquer les principaux mystères, soit enfin pour lui administrer les sacrements de l'église.

Considérant que je suis comptable de ma conduite à mes supérieurs dans l'ordre hiérarchique de l'église, à mes paroissiens, et que je suis responsable de leurs actes envers mon Dieu voulant leur laisser un mouvement perpétuel des principes de ma religion et de ma foi, pour qu'ils puissent toujours les pratiquer et mourir comme des vrais et fidèles enfants de Jésus Christ.

(phrase barrée) Je crois que Jésus Christ a établi son église en la personne de Saint Pierre ainsi qu’il est dit en Saint Matthieu ch.16 v.18., Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo ecclesiam meam (tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église).


Je crois que notre saint père le pape est le chef visible de l'église et qu'en lui seul réside toute l'autorité suprême (mots barrés, remplacés par : la supériorité d'honneur et de juridiction) selon ces paroles de Jésus Christ à Saint Pierre en Saint Matthieu ch.16 v.19.  Et tibi dabo claves Regni coelorum (et je te donnerai les clés du Royaume des Cieux).

Je crois que l'église de Rome est le centre de l'unité de la foi catholique.

Je crois que Jésus Christ a donné à son église seule le pouvoir de le gouverner et qu'il a lui même institué la forme de son gouvernement et que conséquemment aucune puissance civile n'a le droit de rien changer à sa discipline, encore moins de toucher à ses dogmes.

Je crois que c'est changer la religion catholique que de vouloir soumettre le gouvernement de l'église à l'autorité civile.

Pretre refractaire 2


Je crois enfin que toute mission qui ne vient pas de Dieu n'est point une vraie mission, et que l'institution eucharistique est la seule source de la vraie mission ainsi que de la juridiction spirituelle.

D'après ces principes que je professe et professerai jusqu'au dernier moment de ma vie, je déclare qu'étant né dans l'église catholique, apostolique et romaine, je veux y mourir.

Je déclare que je ne reconnaîtrai jamais pour pasteurs légitimes que ceux qui sont institués d'après les formes canoniques.


Je déclare que je proteste expressément contre l'élection illégale qui va être faite pour me remplacer à la cure de Méaudre, ensuite du refus que j'ai fais de prêter le serment tel qu’il a été décrété, me regardant toujours comme le seul et légitime curé de cette paroisse.

Je déclare que je ne consentirai jamais à aucune extinction ou suppression d'église ou de titres de pieuses fondations, protestant notamment contre la suppression de mes deux chapelles, l'une fondée dans mon église paroissiale et l'autre dans celle de Sainte Agnès formant mon titre clérical.

Je déclare enfin que comme vrai citoyen je serai toujours soumis et fidèle en tout ce qui peut intéresser l'ordre civil, mais que comme ministre de la religion, je ne reconnaîtrai dans l'ordre spirituel d'autre autorité que celle de Jésus Christ et de mes supérieurs légitimes.

Lesquelles protestations, acte de ma foi et déclarations, j'ai écrit sur les registres de ma cure n'en ayant pas d'autres et en ai donné un extrait en forme au maire de la municipalité de cette paroisse pour les transcrire ou faire transcrire sur le registre de leur délibération et ai signé à Méaudre, ce quatre mars mil sept cent quatre vingt onze.

Coloy, curé

Pierre Coloy officia encore pendant plus d’un mois. Son dernier acte est une sépulture inscrite en date du 28 avril 1791.