Le cimetière de Saint-André-Goule-d’Oie, petite commune vendéenne au nom plein de charme rustique, abrite une tombe discrète, une simple stèle restaurée, frappée d’un nom, sans date, celui de François Cougnon. Aucune inscription ne mentionne qu’il fut une célébrité locale au temps des Guerres de Vendée.

Francois CougnonLa tombe de François Cougnon dans le cimetière de Saint-André-Goule-d'Oie

Ce nom apparaît dans plusieurs ouvrages d’histoire au tout début de l’insurrection vendéenne. L’abbé Deniau le mentionne dans un épisode resté fameux, lorsque les jeunes gens de Saint-André-Goule-d’Oie se rassemblèrent dans la nuit du 11 au 12 mars 1793, sous la conduite de ce François Cougnon, qui les mena à leur premier combat. L’historien ajoute en note que le jeune capitaine périt accidentellement quelques mois après cette affaire en manipulant son fusil (1).

En fait, il n’en est rien, puisque François est décédé au Coudray, à Saint-André-Goule-d’Oie, le 15 décembre 1848, et que cette courte carrière en tant que capitaine de la paroisse fut celle de son frère Christophe, surnommé Tophliet (sobriquet pourtant indiqué par l’abbé Deniau).

Les deux hommes étaient les fils de Jacques Cougnon et de Marie Chacun. Tous les deux nés aux Essarts, Christophe le 13 août 1761, François le 25 mars 1766, ils tombèrent ensemble sous le coup de la loi ordonnant la levée des 300.000 hommes, à laquelle ils refusèrent de se soumettre. Plein de charisme, l’aîné galvanisa les conscrits de la paroisse pour les inciter eux aussi à refuser le tirage. Le 11 mars, plusieurs de ces réfractaires s’en prirent à Guesdon, le maire de Saint-André, qui avait établi la liste des noms à tirer au sort, et l’assommèrent à coups de bâtons. Marchand, son adjoint, subit le même sort.

Dans la nuit, un nouveau rassemblement de conscrits eut lieu près du Coudray. Grimpé dans un chêne, Christophe harangua ses hommes pour attaquer les Bleus au matin, à Saint-Fulgent. A l’approche du bourg, leur présence fut trahie par une « pataude », ce que le capitaine tourna à son avantage en feignant la fuite pour tromper les républicains, puis en revenant à l’assaut lorsque l’ennemi s’y attendait le moins. Cette première victoire apporta à Saint-Fulgent de nombreux volontaires des paroisses alentour, qui se placèrent, le 13 mars, sous les ordres du vieux chevalier de Royrand.

La carrière militaire de Christophe s’acheva en août 1793, lorsqu’il reçut accidentellement une balle. Certains historiens prétendent qu’il en mourut, ce que d’autres contestent*. Toujours est-il que c’est son cadet, François, qui lui succéda comme capitaine de la paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie. Déjà présent aux premiers coups de main entrepris par son frère, il poursuivit son combat, mais refusa de suivre l’armée dans sa campagne d'outre-Loire, pour rejoindre les troupes de Charette, jusqu’à l’arrestation de ce dernier en 1796.

Récompensé par un fusil d’honneur sous la Restauration, François Cougnon passa ses dernières années dans sa paroisse de Saint-André-Goule-d’Oie, où il repose toujours depuis 1848. Une rue face au cimetière porte aujourd’hui son nom (2).

(1) Abbé F. Deniau, Histoire de la Vendée, Le Voide, 1878, tome Ier, pp. 130-131
(2) Cette plaque et celle de la Croix Charette s'ajoutent à l'Album des rues vendéennes

Rue Francois Cougnon
Pour information, j'ai ouvert sur le nouveau forum le Chêne et le Hibou un fil de discussion sur les capitaines de paroisse. Et pas seulement...

* Mise à jour du 8 janvier 2014 – Christophe Cougnon est décédé à Chauché le 17 avril 1797. Son acte de décès n'apparaît pas dans le registre d'état civil. Cependant, un lecteur m'a indiqué que cette date figure dans l'acte de mariage de Jean Cougnon, fils de Christophe Cougnon (mariage célébré à Chauché le 5 juillet 1813).