« Faisons table rase du passé ! » comme le braillaient les révolutionnaires de tous poils : table rase de l’édifice d’Ancien régime et « régénération » de tous les mots pouvant en conserver le souvenir. Les patronymes n’ont pas été épargnés, surtout quand les plus indécrottables sans-culottes portaient « le nom infâme de Roy ».

Roy LegermeCes changements d’état civil étaient naturellement consignés dans les registres de la mairie en présence de témoins. Le premier exemple nous vient d’Aulnay en Charente-Maritime, où le citoyen Louis François Roy a régénéré son identité en « Mélèze Legerme », le 30 avril 1794. Ce prénom de « Mélèze », pour le moins saugrenu, a été emprunté au 17 germinal (6 avril) du calendrier républicain, où tous les saints catholiques ont dû céder la place à des « Chiendent » (11 février), « Topinambour » (3 novembre) et autre « Fumier » (28 décembre) du plus bel effet.

Aujourd'huy le onze floréal l'an second de la République Française une et indivisible six heures du matin par-devant moi Pierre Esnard membre du conseil général de la commune d'Aunay département de la Charente-Inférieure […] sont comparus en la maison commune le citoyen Louis François Roy assisté de Pierre Paul Blanchard et de François Erisse, le premier âgé de soixante ans et le second de trente-cinq tous les deux propriétaires de cette commune et membres de la société populaire de ce canton, députés par elle pour êtres présents et témoins de la rédaction du présent acte dans lequel ledit Roy entend faire statuer son changement de nom ainsi qu'il l'a déclaré dans la séance d'hier, qui à l'instant dit et déclare qu'il avait en horreur tout ce qui pouvait donner idée de tyrannie et rappeler l'existence des tyrans et quoiqu'il n'ait point à rougir d'aucun acte de tyrannie cela n'empêche pas qu'il ne veut plus dorénavant porter le nom infâme de Roy qui devrait être banni à jamais du dictionnaire républicain, c'est pourquoi il déclare vouloir s'appeler désormais Mélèze Legerme, de tout quoi il nous a requis acte que nous lui avons accordé et a de plus déclaré être âgé de cinquante-et-un ans et a avec nous et les dits témoins signé Fait en la maison commune d'Aunay le jour et an que dessus.

(Source : Archives départementales de la Charente-Maritime en ligne -> Registres paroissiaux, pastoraux et d’état civil -> Aulnay-de-Saintonge –> Naissances, mariages, décès 1793-an IV (cote 2 E 24/6*) p. 22/136)

Pierre Andre Sans Culottes
Le second (image ci-dessus), inscrit au registre de la commune de Blois, a été partagé mardi dernier par un internaute généalogiste. Les prénoms sont ceux des « parrains », et le nom du plus pur républicanisme :

Aujourd'huy septième jour du second mois de la République française une et indivisible ce de l’an deux, devant nous Jacques Toreyant membre du conseil général de la commune de Blois [...] est comparu Guillaume Leroy dit d’Artois, vétéran national de la cinquième compagnie en garnison en cette ville, lequel nous a déclaré qu'il est né en la paroisse de Notre Dame de Aire en Artois, département du Pas-de-Calais, qu'il a pour noms ceux ci-dessus désignés, auquel il déclare personnellement renoncer pour prendre celui de Pierre André Sans Culottes, lesquels noms lui ont été donnés par Pierre Dorion, cordonnier en cette commune, et Marguerite Ponteney, épouse de André Recapé, sous-lieutenant de la garde nationale soldée de la commune Saint Gilles, district de Challans, département de Vendée… »

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