Dans une lettre datée du 8 frimaire an II (28 novembre 1793), le ministre de la Guerre annonce au général Turreau l'envoi d'un arrêté du Comité de Salut public qui lui confie le commandement de l'Armée de l'Ouest. La lettre contient en outre des instructions sur l'épuration des troupes républicaines, sur « l'attaque en masse » contre les Vendéens – qui viennent de quitter Laval en direction de La Flèche – et sur les moyens à mettre en œuvre pour les empêcher de repasser la Loire.

Turreau 28 novembre 1793

Turreau ne semblait pas tout d'abord très pressé de prendre possession effective de son commandement. Laissant à Marceau, commandant en chef par intérim, le soin de terminer avec Kléber la campagne d'outre-Loire contre les débris de l'armée vendéenne, il s'était contenté de venir « prendre langue » à Angers, près de la créature de Ronsin, le chef d'état-major-général Robert, ex-comédien bombardé général, dont la dictature inondait alors de sang la capitale de l'Anjou. Après avoir signalé son passage dans cette ville par deux actes bien conformes à son caractère – l'approbation donnée aux sanglantes exécutions de son chef d'état-major et une dénonciation en règle contre Marceau, dans une lettre au Comité de salut public datée du 19 décembre – il était parti pour Rennes où nous le voyons, le 26, adressant au Comité, et toujours contre Marceau, deux nouvelles dénonciations, dans deux lettres qu'on peut lire dans Savary (t. II, pp. 496-499), et qui offrent, ainsi que le fait remarquer celui-ci, « tous les caractères de la dissimulation, de la mauvaise foi et du besoin de nuire. »

Portrait du général Turreau par Louis HersentRelancé à Rennes, au lendemain de la bataille de Savenay (23 décembre 1793), à la fois par une dépêche pressante du ministre de la guerre et par son cousin, le représentant L. Turreau, il arriva enfin le 30 à Nantes, tout juste pour prendre part à l'expédition qui devait se terminer par la reprise de Noirmoutier.

Rentré à Nantes le 7 janvier 1794, il n'y séjourna que trois jours, repoussa dédaigneusement le plan de campagne proposé par Kléber et partit pour Saumur, où il s'occupa de son plan à lui, de concert avec le comédien Robert. Ce plan était aussi féroce que simple. Il consistait tout bonnement à diviser l'Armée de l'Ouest en douze colonnes, à mettre à la tête de chacune de ces colonnes un lieutenant énergique – on sait ce que cela voulait dire dans le langage du jour ! – et à les lancer à travers la Vendée dans toutes les directions, avec ordre de tout massacrer, de tout piller, de tout incendier sur leur passage. La tactique rêvée par le représentant Fayau (député de la Vendée), dont Turreau n'était que l'instrument, allait enfin passer de l'état de projet à l'exécution : l'armée incendiaire allait entrer en scène…

D'après Henri Bourgeois, La Convention nationale et la Vendée : les Colonnes infernales, La Vendée historique, 1897-1898

Source : Archives de la Vendée
-> Ephéméride : C'est arrivé un 28 novembre
-> Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense -> Correspondance de l'Armée de l'Ouest