Quelques paroisses vendéennes ont la chance d’avoir pu conserver leurs registres tenus sous la Révolution par un prêtre ou un vicaire resté clandestinement parmi ses ouailles. S’ils s’avèrent parfois incomplets pour le généalogiste, les renseignements qu’ils renferment n’en demeurent pas moins précieux pour l’historien. 

La Merlatiere
Extrait du registre clandestin de La Merlatière

Les registres clandestins de La Merlatière, petite paroisse située entre Les Essarts et Belleville-sur-Vie, était tenus par l’abbé Buet, un ancien vicaire de l’abbé Barbedette, le fameux curé des Lucs-sur-Boulogne. Les Archives de la Vendée les ont numérisés en deux fichiers, l’un rassemblant des actes du 16 mars 1793 au 30 décembre 1796, l’autre du 13 janvier au 26 septembre 1797.

Le premier nous intéresse de près, puisqu’il contient des faits liés aux Guerres de Vendée dès ses premières lignes. On y apprend, par exemple, qu’un certain Pierre André Martin a été tué aux Essarts « par les insurgés de la Vendée » le 16 mars 1793 ; et plus loin, que Pierre Gautron, âgé de 24 ans, « est mort au combat de la Guérinière, paroisse de Sainte-Florence » (le 19 mars). Mais les événements les plus marquants figurent à l’année 1794. Deux pages datées de février et mars énumèrent en effet les sépultures d’habitantes de La Merlatière « tuées par les armées républiquaines (sic) ».

Le massacre principal eut lieu le dimanche 2 février 1794. Neuf femmes, qui n’eurent pas le temps de se cacher, furent exécutées par les soldats bleus, certainement issus de la colonne infernale de Lachenay, cantonnée à cette époque aux Essarts. La plus âgée, Charlotte Suzanneau, a 70 ans ; la plus jeune, Marie Anne Micheau, seulement 10 ans. Ce jour-là, l'église et le bourg furent incendiés.

La Merlatiere 1794
Quelques victimes du massacre du 2 février 1794
dans le registre clandestin

Deux autres victimes, également « tuées par les armées républiquaines », comme le note l’abbé Buet, sont mentionnées plus tard. D’abord Jeanne Jaud, 63 ans, morte le mercredi 5 février 1794. A cette date, c’est la colonne infernale de Duquesnoy, le successeur de Bonnaire, qui traverse ce coin du Bocage. Partie de Montaigu le 4, elle a traversé Saint-Fulgent pour se rendre aux Essarts. Le 5, le général républicain écrit dans son rapport : « Je partis de bonne heure pour La Roche-sur-Yon, et brûlai et tuai comme la veille… » La Merlatière se trouvait sur son chemin.

Dernière victime citée par l’abbé Buet : Jeanne Rabreaud, 50 ans, tuée le lundi 3 mars 1794. C’est l’époque où la colonne infernale de Cordelier se signale dans les environs par de grands massacres, le plus tristement célèbre aux Lucs-sur-Boulogne.

Alors que le registre clandestin n’égrenait que des sépultures depuis le début de la guerre, on voit enfin des baptêmes et des mariages apparaître à partir du mois d’octobre 1794. Comme un signe de renouveau après des mois de Terreur.

Source : Archives de la Vendée en ligne -> état civil -> La Merlatière -> registre clandestin (B, M, S,) mars 1793-1796 (AD2E142/2) p. 2/32

Articles connexes :
Novembre 1792, l'état civil change de mains
« Mort par la main des bleus » : La trace d'un massacre dans les registres de Cossé-d'Anjou (49)