L’état d’insurrection dans lequel se trouvait le Morbihan au début de l’année 1794 rendait les républicains plus acharnés à la recherche des prêtres fidèles cachés dans ce pays. Plusieurs tombèrent entre les mains des persécuteurs, qui se hâtaient de les traduire devant le tribunal criminel du département séant à Lorient. Là, ces confesseurs de la foi étaient jugés sommairement et condamnés à mort. C’est ainsi que périt Julien Minier, guillotiné le 11 janvier 1794.

AB Julien Minier 15 07 1761

Acte de baptême de Julien François Minier
(registre paroissial de Rochefort, A.D. du Morbihan)

Julien François Minier est né le 15 juillet 1761 à Rochefort-en-Terre. Ordonné prêtre le 27 septembre 1787 par Mgr Amelot en l’église du Méné, qui était celle du Grand Séminaire de Vannes, il fut nommé immédiatement vicaire de Limerzel, paroisse dans laquelle il officia jusqu’à la Révolution. Il refusa de prêter le serment constitutionnel, comme son recteur, Thomas Eon, mais ne suivit pas ce dernier dans son exil en Espagne. Entré dans la clandestinité en 1792, il trouva refuge parmi ses paroissiens. L’une de ses cachettes, devenue une curiosité de Limerzel, était un gros chêne creux connu aujourd’hui sous le nom de Chêne Minier.

Chene Minier Limerzel
Le Chêne Minier à Limerzel

Il put ainsi échapper à la traque des républicains jusqu’au 6 janvier 1794. Ce soir-là, deux hommes frappèrent à la porte de Joseph Morice, laboureur de Coët-Daly, en Pluherlin. Il faisait froid, ils avaient faim. Lorsque ils eurent mangé à la table de leur hôte, ils montèrent se coucher. Soudain, en pleine nuit, une voix forte cria du dehors : « Au nom de la loi, ouvrez ! » Un détachement de gendarmes de Rochefort, commandé par le capitaine Guérin, fit irruption dans cette maison où, leur avait-on dit, logeaient des suspects. Les deux voyageurs surpris dans leur sommeil déclarèrent s’appeler Julien Minier, vicaire de Limerzel, et Jean Desgrés, séminariste. Aussitôt arrêtés, avec Joseph Morice, ils furent conduits à Rochefort-en-Terre.

Le 10 janvier, les trois prisonniers comparurent devant le tribunal criminel de Lorient. Julien Minier ne cacha rien de son état. Condamné à mort en vertu de la loi du 30 vendémiaire, il fut guillotiné le lendemain, samedi 11 janvier 1794, à onze heures et demie du matin, sur la place de la Montagne (actuelle place Alsace-Lorraine), à Lorient. Les deux autres inculpés furent, quant à eux, condamnés à la déportation.

Source : J. Le Fahler, Les prêtres du Morbihan victimes de la Révolution (1792-1802), Vannes, Lafolye Frères, 1921, pp. 19 et suiv.