Turreau, le commandant en chef des troupes républicaines dans l'Ouest, a désormais les mains libres : l'armée vendéenne a fini par succomber à Savenay (23 décembre 1793), l’île de Noirmoutier a été reprise (3 janvier 1794), et voilà qu’il vient de se débarrasser de Kléber qui contestait son plan d’anéantissement de la Vendée par des colonnes mobiles…

Lettre de Turreau 16 janvier 1794

Le 7 janvier 1794, Kléber expose à Nantes son plan d’action : encercler le territoire insurgé par des camps retranchés, n’attaquer que les rassemblements de rebelles, et gagner la confiance des habitants par l’exemple de la discipline. Il faudra cependant attendre Hoche pour que lui soit donné raison. Pour l’heure, Turreau le repousse. Le Comité de Salut public l’a nommé à son poste pour mettre en œuvre les décrets exterminateurs votés par la Convention en août et octobre 1793 et son plan est déjà prêt. Muté à l’armée des Côtes de Brest le 9 janvier, Kléber est rapidement évincé du théâtre des opérations en Vendée.

Turreau quitte alors Nantes pour Saumur, où il établit son quartier général, le 15 janvier 1794. Le lendemain, il adresse une lettre* aux représentants du peuple pour obtenir l’approbation de son plan :

« Lorsque j'ai désiré de vous voir réunis près de moi, je n'ai point prétendu avoir recours à votre autorité pour aucun des détails militaires, mais j'ai voulu que vous déterminiez d'une manière précise la conduite que je devais tenir dans la Vendée à l'égard des personnes et des propriétés. Mon intention est bien de tout incendier, de ne réserver que les points nécessaires à établir les cantonnements propres à l'anéantissement des rebelles. Mais cette grande mesure doit être prescrite par vous, je ne suis que l'agent passif des volontés du corps législatif que vous pouvez représenter dans cette partie.

« Vous devez également prononcer d'avance sur le sort des femmes et enfants que je rencontrerai dans ce pays révolté. S'il faut les passer tous au fil de l'épée, je ne puis exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui mette à couvert ma responsabilité. Je suis loin de présumer que vous voulussiez exposer à se compromettre celui qui jusqu'ici n'a cessé de bien servir la cause de la liberté.

« Quant à la réorganisation des autorités constituées, n'importe par qui elle soit effectuée, il est urgent qu'elle s'opère pour ainsi dire derrière mes colonnes. Leur marche sera courte, en huit jours la Vendée doit être battue, tous les rebelles pressés entre moi, Haxo et Dutrui, et si j'avais adopté une autre marche, j'aurai manqué mon but. Je suis fâché que les mouvements de troupes que le citoyen Carrier a ordonné ayent retardé ma promenade militaire.

« Daignez citoyens Représentants me répondre d'une manière précise sans quoi je serai forcé d'attendre pour agir les ordres du Comité de Salut Public.

« J'ai eu soin de démentir les mensonges imprudents de ceux qui ont prétendus et osé dire à la barre de la Convention Nationale que la Vendée était entièrement détruite. »

Signature de Turreau

Les représentants font pourtant la sourde oreille. Craignent-ils d’endosser une part de la responsabilité du crime qui se prépare ? Turreau n’en remet pas pour autant en cause son plan d’action, lui qui bénéficie de soutiens au sommet de l'Etat. Il leur communique d’ailleurs ses intentions les jours suivants, à la fois au Comité de Salut public et au ministre de la Guerre. Carnot finira même par l’approuver par écrit, le 8 février 1794, dans une lettre dont l’ambiguïté ne trompe que les naïfs et les malveillants.

* Le document est consultable en ligne sur le site des Archives de la Vendée : Archives militaires de la Guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense, SHD B 5/8-20