Le Souvenir Vendéen nous a invités hier soir à nous recueillir en mémoire des 564 habitants des Lucs-sur-Boulogne massacrés les 28 février et 1er mars 1794. La cérémonie a eu lieu dans la chapelle du Petit-Luc. Certains affirment que les restes des Martyrs y reposent. Est-ce exact ?

Pour répondre à cette question, l'association Lucus a mis en ligne une allocution du Père Marie-Auguste Huchet, prononcée à la chapelle le 28 février 1978, et intitulée « Que sont devenus les ossement des Martyrs du Petit-Luc ? » :

Croix du Souvenir Les Lucs sur BoulogneLa Croix du Souvenir, érigée sur les débris de l'ancienne chapelle du Petit-Luc
à l'intersection de la rue Georges Clemenceau et de la rue des Vignes Gates

Le curé Jean Bart, dans sa notice de 1874, nous précise ceci : « On réunit les restes de tant d'infortunés... On les déposa dans une fosse commune, sous les décombres du sanctuaire détruit. Et c'est là qu'en 1863 ces ossements précieux ont été découverts, enlacés encore du scapulaire du Sacré-Cœur et du rosaire dont ces pieux chrétiens s'étaient servi pour murmurer leurs dernières prières. Quelques-unes des balles qui les avaient frappés se trouvaient aussi mêlées à leurs cendres... »

En 1903, un prêtre qui avait pris sa retraite aux Lucs, l'abbé Denis, dans le compte-rendu de la restauration du calvaire appelé Croix du Souvenir, route de Rocheservière, écrit : « Cette croix de mission est plantée dans un tertre formé par les ossements et les cendres vénérés d'un millier de martyrs immolés en 1793, à genoux et en prière dans la chapelle du Petit-Luc. »

Ce n'est pas exact : seuls les décombres de l'église furent transportés là-bas. Le curé Jean Bart, le bâtisseur de cette chapelle, nous le dit explicitement dans sa notice : « Durant la mission de 1863, on avait déblayé la chapelle et transporté les décombres à l'emplacement de la croix-souvenir, route de Rocheservière ». Jean Bart avait pourtant bien distingué les décombres transférés route de Rocheservière, et les ossements qui étaient sous les décombres. Certains ont assuré que les ossements sont restés dans la chapelle, sous les dalles de granit formant rosace. Mais non, ils n'y sont plus. Et c'est grand dommage ! Il y a donc eu une fâcheuse confusion entre les restes des victimes et les décombres de l’église ; les générations suivantes ont été induites en erreur !

En 1863, les ossements furent transportés en quatre grands cercueils au cimetière actuel, à l'endroit précis où M. le curé Prouteau voulut avoir sa tombe. Bien que l'on n'eut marqué cet ossuaire d'aucune épitaphe, d’aucun signe (grave oubli de Jean Bart), les anciens n'en avaient pas perdu le souvenir, et en particulier le sacristain Firmin Vrignaud. Le fils de ce dernier, Jean-Baptiste Vrignaud, lui-même sacristain et fossoyeur, a attesté le fait que son père avait bien enterré les restes des victimes et que l’endroit de leur tombe était respecté afin de ne jamais y enterrer d’autres corps. Firmin Vrignaud, a indiqué à l'abbé Prouteau (curé des Lucs de 1937 à 1948) l'emplacement exact de cette sépulture. Postulateur de la Cause des enfants-martyrs, le curé Prouteau voulut et a été enseveli parmi eux.

Un témoignage concordant, est celui d'Adèle Fétiveau, présidente pendant plus de 40 ans de la congrégation des Enfants de Marie et qui a passé au Petit-Luc toute sa vie. Elle a certifié que quatre grands cercueils, renfermant les ossements des martyrs, furent transportés au cimetière en 1863. Elle avait une douzaine d'années à l'époque et elle a assisté à ce transfert.

Le père Marie-Auguste Huchet termina son allocution sur ces mots : « Quand mourut M. Prouteau, en 1948, j’étais en Afrique, au Tchad. Et je n'avais jamais su si, oui ou non, on avait trouvé là des ossements, en creusant la tombe de notre curé. En mai 1974, j'ai eu l'occasion de poser la question à M. Roger Martin qui, avec Alexandre Brochard, avait préparé le caveau de M. Prouteau. Roger Martin m'a certifié – et il peut vous certifier – qu'il trouva de fait en pleine terre une foule de débris d'ossements, très anciens, deux pleines brouettées. Il les recueillit pieusement, les lava et, après la sépulture de M. le curé, il les disposa dans le nouveau caveau en ciment, tout autour du cercueil. Ainsi était sauvegardée la volonté de notre cher curé qui, par un travail acharné, de nuit et de jour, et avec tant d'amour, avait préparé la cause de Béatification : il reposait au milieu de ses petits martyrs...
Pourtant, je ne puis m'empêcher de penser que ces ossements seraient mieux à leur place dans la chapelle du Petit-Luc. Sera-t-il possible de procéder un jour à ce transfert ? »

Mon petit doigt me dit que c'est pour bientôt...

Lien vers l'article complet sur le site de l'association Lucus