Quatre petites lignes griffonnées dans le registre paroissial de La Verrie rapportent la mort en 1705 d’un Choletais tué par les gardes de Mortagne « qui le trouvèrent chargé de sel ». Ces quelques mots nous ramènent de manière laconique au temps de la gabelle et de la contrebande du sel dont souffrit tant notre région.

AS_08071705_LaVerrieLe septième de juillet 1705 fut enterré dans le cimetière des pauvres
Pierre Tournerie, aubergiste de Cholet, lequel fut tué dans ma paroisse
par des gardes de Mortagne qui le trouvèrent chargé de sel (signé Retailleau, curé)


« Aucune exaction du fisc ne soulevait une horreur égale à celle de la gabelle, nulle part aussi exécrée qu’en Anjou », pouvait-on lire dans les cahiers de doléances à la veille de la Révolution. La douce province se situait en marge des pays de grande gabelle, qui couvraient un bassin parisien élargi. À ce titre, les Angevins étaient tenus d’acheter une quantité de sel fixée arbitrairement et très fortement taxée, tandis que leurs voisins bretons et bas-poitevins en étaient exemptés.

Cette inégalité devant l’impôt favorisa naturellement une contrebande dévastatrice le long de la frontière angevine, une guerre permanente entre les trafiquants, les faux-sauniers, et les soldats de la gabelle, les gabelous. Aussi craints que haïs, ces derniers étaient chargés de prévenir toute introduction illégale de sel, de mener des visites domiciliaires arbitraires, de procéder aux saisies.

Gabelle

C’est probablement au cours d’une de leurs sorties que les gabelous surprirent Pierre Tournerie, aubergiste de Cholet, et le tuèrent à La Verrie. Le jeune homme fut enterré dans le cimetière paroissial le 7 juillet 1705. Il avait 19 ans (on trouve un Pierre Tournerie baptisé à Saint-Pierre de Cholet le 27 octobre 1685).

L’abolition de la gabelle, réclamée à cor et à cri en 1789, sera obtenue l’année suivante. Les faux-sauniers, tireurs d’élite et fins connaisseurs du bocage entre Bretagne, Anjou et Poitou, fourniront de précieux soldats au soulèvement de 1793. Le plus connu d’entre eux reste sans conteste Jean Cottereau, dit Jean Chouan.