La marche de l’armée vendéenne sur la rive droite de la Loire a semé les germes d’une nouvelle insurrection en terre bretonne. Le Morbihan ne s’était pas remis de ses échecs de mars 1793. Un an après, ce fief de la Chouannerie relève enfin la tête. 

Bataille de MangolerianCarte de la bataille de Mangolérian, 15 mars 1794

Au début de cette année 1794, des officiers vendéens rescapés du désastre de Savenay, Auguste de Béjarry et Joseph de Fay, ont gagné le Morbihan et pris contact avec des Chouans locaux, notamment Pierre Guillemot qui commande les rebelles de Bignan. Un soulèvement des campagnes est aussitôt mis sur pied en mars, afin de semer la terreur parmi les patriotes et autres acquéreurs de biens nationaux.

Le 14, les paysans insurgés sont rassemblés près de Meucon, sur les hauteurs de Mangolérian. En attendant des renforts, certains d’entre eux mènent de petites expéditions contre Grandchamp et contre l’abbaye de Lanvaux qu’un républicain, Villemain, a acheté comme bien national. Ce dernier est tué et tout son argent raflé.

Le 15 mars, 200 fantassins quittent Vannes, accompagnés par quarante cavaliers et un canon, en direction de la colline de Mangolérian. Les Chouans ont l’avantage du nombre, mais ils sont encore peu habitués aux combats et manquent de fusils.

Chapelle de MangolerianLa chapelle de Mangolérian

Le commandant de la force armée cantonnée à Vannes dresse un compte rendu de la bataille : « Une nouvelle Vendée devait se former dans le Morbihan. Le but des rebelles était de s’emparer de Vannes et de Lorient pendant l’absence des troupes portées à Saint-Malo. Plus de quinze lieues de pays étaient dans le complot. Leur principal rassemblement était à Montglorian (Mangolérian)…

« Je suis sorti, ce matin, à trois heures, avec cent hommes de la garde nationale, cent hommes du 1er régiment de la marine, quarante cavaliers du 24e régiment, quelques gendarmes et une pièce de canon. J’ai dirigé ma petite colonne sur Meucon que j’ai fait investir, et je me suis rendu à Montglorian où j’ai trouvé une armée de brigands en ordre de bataille dans une excellente position. Ma cavalerie a été repoussée par une fusillade bien soutenue qui a démonté plusieurs cavaliers. Mon infanterie est arrivée et a marché au pas de charge. Après une heure de combat, l’ennemi a été repoussé derrière ses retranchements, et a pris la fuite, avec une perte considérable. Les chefs se sont échappés dans des marais. J’ai eu un homme tué et dix blessés.

« Les circonstances ont exigé l’incendie du village. Malgré cet avantage, il y a lieu de craindre de nouveaux rassemblements, et je n’ai que douze cents hommes pour défendre l’intérieur et l’extérieur du département. » (Savary, t. III, p. 344)

Ce premier affrontement était prématuré aux yeux d’autres chefs chouans, comme Cadoudal et Mercier qui s’affairent à recruter des hommes dans le pays d’Auray. En attendant, les républicains vont profiter de cette victoire pour mener une répression impitoyable à travers le Morbihan.

Complément d'information – Un internaute m'a écrit pour apporter une précision personnelle et généalogique à cet article :
« Le 6 (ou 7) mars 1794, les Vendéens de Béjarry et de Faÿ sont venus frapper à la porte de la famille Le Brazidec au village de La Ferrière (Bignan), village situé à environ 1 km de la ferme de Kerdel ou vit Pierre Guillemot. Ce sont 3 frères de cette famille qui ont conduit les chefs Vendéens vers Pierre Guillemot, ce qui engendra la suite que vous relater dans votre article. C'est un détail parmi d'autres, cependant il revêt beaucoup d'importance à mes yeux, car l'un des 3 frères (Jean Le Brazidec) n'est autre que mon ancêtre direct. Par la suite et à 3 reprises la ferme de mes ancêtres a été pillée par les républicains. »