L'article publié ici jeudi nous a conduits à Jallais, au cœur de la Vendée Angevine. Profitons-en pour faire un tour à la Grande Bouëre, puisqu'il y a tout juste onze ans le Souvenir Vendéen s'y était réuni pour honorer le sacrifice des Jallaisiens pendant les Guerres de Vendée.

La Bouere Souvenir VendeenLa stèle du Souvenir Vendéen et la tour de la Bouëre au bout du chemin
  

Il reste de cette journée un rocher de plus de deux tonnes fiché au pied d'un chêne, à l'entrée de l'enclos où s'élève encore la vieille tour délabrée du château de la Bouëre. Sur cette stèle brute est scellée une plaque de bronze : À la mémoire des habitants de Jallais et environs, Guerre de Vendée, 1793-1796.

La Bouere Plaque Souvenir VendeenLa plaque du Souvenir Vendéen
 

Siège du doyenné des Mauges jusqu'à la Révolution, Jallais se trouvait à l'épicentre des mouvements de résistance à la politique antireligieuse des révolutionnaires, au point qu'un détachement de gardes nationaux de Chalonnes vint s'y établir, au château de la Brinière, afin de surveiller le pays. Ils avaient même apporté un canon, le fameux Missionnaire.

Ce château fut le théâtre de la première victoire remportée par Cathelineau et Perdriault, le 13 mars 1793. Il reçut la visite de la plupart des chefs vendéens. Bonchamps vint s'y soigner après la bataille de Martigné-Briand, le 15 juillet 1793. C'est là que fut préparée la bataille de Chaudron en avril 1794, et là aussi que le funeste arrêt de mort condamnant Marigny fut prononcé.

Jallais fut attaqué deux fois par les républicains : le 30 novembre 1793, le général Desmarres incendia une partie du bourg et le château de la Bouëre, massacrant les habitants qui n'avaient pas eu le temps de fuir. Il fut toutefois battu par les gars de Pierre Cathelineau le 6 décembre, défaite qu'il occultera en mettant en avant la mort du jeune Bara. Les Bleus revinrent le 27 janvier 1794 terminer les ravages de Desmarres. Cordelier, qui commandait une des Colonnes infernales, écrivit ce jour-là à Turreau : « J'avais ordonné de passer au fil de la baïonnette tous les scélérats qu'on aurait pu rencontrer, et de brûler les hameaux et les métairies qui avoisinent Jallais ; mes ordres ont été ponctuellement exécutés, et dans ce moment quarante métairies éclairent la campagne. » (Savary, t. III, p. 90)

La Bouere la tour et le chateauLa tour de la Bouëre est tout ce qu'il reste du château (photo en vignette)
  

Plus tard aura lieu, toujours à Jallais, un épisode tragique de la dernière Guerre de Vendée : l'assassinat par les gendarmes de Louis-Philippe de Jacques Cathelineau, le fils du Généralissime, au manoir de la Chaperonnière, le 27 mai 1832.

C'est enfin à Jallais qu'en juillet 1799, Lin-Loup-Laud-Luc Barré, commissaire du directoire du canton, négocia avec l'abbé Bernier et le général Hédouville un accord sur le culte catholique (« le Concordat de Jallais »), prélude à la paix de Montfaucon et au Concordat de 1802.

Comtesse de La BouereParmi les célébrités locales, citons Amand Modeste de Gazeau (1765-1847), comte de La Bouëre, qui a combattu aux côtés de d'Elbée, La Rochejaquelein, Stofflet et Charette, et qui reste l'un des rares chefs vendéens à avoir survécu à la guerre ; son épouse, Antoinette Le Duc (1770-1867), comtesse de La Bouëre, la célèbre mémorialiste ; et Mathurin Abafour (1756-1823), vicaire de Jallais, qui refusa le serment schismatique et resta parmi ses ouailles malgré les persécutions. Son nom apparaît parmi les plaques de rues vendéennes de la commune.

Ci-dessus, portrait de la comtesse de La Bouëre (Jacques-Joly, Histoire de la Vendée Militaire, t. II, p. 171).

Sources :
Revue du Souvenir Vendéen n°223, juin 2003, pp. 35-38.
Maurice Cailleau, Jallais, son histoire, Maulévrier, Éditions Hérault, 1994.