Le registre paroissial de Freigné, en Anjou, renferme à la fin de l’année 1772 une note amusante qui en dit long sur le parler de nos aïeux. 

Freigne
La commune de Freigné forme un avant-poste de l’Anjou presque enclavé dans les marches de Bretagne. Elle est la petite patrie du célèbre maréchal de Bourmont, qui en fit un bastion de la Chouannerie de 1795 à 1800.

La note dont il est question ici a été inscrite par M. Morin, le recteur de Freigné, à la fin du registre paroissial de l’an 1772, comme pour prévenir toute interprétation erronée des actes retranscrits par lui. Le prêtre, qui n’est pas originaire de cette contrée, semble avoir eu du mal à décrypter le parler de ses ouailles. Son souci de bien faire, révélé par cette note, se lit également dans l’application de son écriture à travers ce registre. Un bonheur de généalogiste…

Voici donc le texte de cet avertissement (l’orthographe est respecté) : « Nous prévenons tous presens et à venir que nous avons pu nous tromper dans la manière d'écrire les noms, parce que la pluspart ne sachans point écrire leur noms et nous n'étant point de cette contrée, il nous est comme impossible d'emploïer toujours toutes les lettres des veritables noms. Ce que nous ecrivons pour ne pas prejudicier à des successions ou autres intérêts civils ou spirituels. Et pour donner avis à nos successeurs d'être sur leur garde en ecrivant les noms d'autant qu'il y a ici une corruption dans la façon de prononcer les noms parmi le peuple. Freigné le dernier jour de l'an mil sept cent soixante douze, ainsi certifié (signature : Morin recteur de Freigné)

Source : Archives départementales du Maine-et-Loire -> Registres paroissiaux et d'état civil -> Freigné, BMS 1770-1778, p. 52/160