Le 13 octobre 1896, Le Pin-en-Mauges rendait hommage à l’enfant du pays, Jacques Cathelineau, héros de la Vendée. Dans l’église paroissiale furent bénis son mausolée et le superbe ensemble de vitraux commémoratifs ; à l’extérieur, en revanche, l’inauguration de la statue rencontra d’insolubles obstacles.

Statues de Cathelineau au Pin-en-MaugesLes trois statues de Jacques Cathelineau aujourd'hui visibles au Pin-en-Mauges :
à gauche, le mausolée dans l'église Saint-Pavin,
au centre, la statue inaugurée en 1993 pour le Bicentenaire des Guerres de Vendée,
à droite, l'ancienne statue déposée dans le jardin de la cure
  

La statue de Jacques Cathelineau au Pin-en-Mauges incarne les tourments endurés par la mémoire vendéenne : célébrée sous la Restauration, brisée sous la Monarchie de Juillet, mise sous le boisseau par la IIIe république, avant de renaître au XXe siècle. Il en fut de même pour ce monument au généralissime des Armées catholiques et royales : inauguré en 1827, il fut abattu en 1832, faillit être rétabli dans les années 1890, avant de disparaître à nouveau ; restauré en 1942, il sera finalement remplacé par un nouveau modèle en bronze en 1993.

Revenons un instant à ce qu’il advint pendant les années 1890. À l’occasion du Centenaire du soulèvement vendéen, un comité se forma dans le but d’ériger un mausolée dans l’église et de relever la statue de Cathelineau au Pin-en-Mauges. Cette commémoration se heurta aux violentes attaques de Célestin Port, l’archiviste du département, fervent républicain, pour qui le Saint de l’Anjou n’aurait été qu’un simple capitaine de paroisse sans influence sur le cours de la guerre.

En dépit de ces polémiques qui enflammaient les historiens, le projet du comité fut mené à bien. L’église accueillit le mausolée et les verrières qui ont fait de ce lieu un véritable mémorial des Guerres de Vendée. La statue fut également réalisée, mais les autorités ne permirent pas qu’on la hissât sur son piédestal en bordure de la place, bien que le terrain fût privé (photo ci-dessous).

13 octobre 1896 Le Pin-en-Mauges13 octobre 1896, la foule des participants devant le piédestal privé de statue
(Archives départementales du Maine-et-Loire en ligne,
collection iconographique, 11 Fi 4847
)

L’ensemble fut béni le 13 octobre 1896, lors d’une grande cérémonie présidée par Mgr Baron, évêque d’Angers, Mgr Catteau, évêque de Luçon et Mgr Luçon, évêque de Belley originaire de Maulévrier. Pour contourner l’interdiction des autorités, on inaugura la statue de Cathelineau au milieu d’un champ, où fut servi le banquet.

Elle n’y resta pas longtemps. M. Xavier de Cathelineau, arrière-petit-fils du Saint de l’Anjou, décida de l’installer sur son piédestal au centre de la place de l'église, en la dissimulant dans une caisse de bois. Les autorités ne pouvaient protester d’une atteinte à l’ordre public, puisque nul ne pouvait voir l’effigie du général vendéen.

Statue de CathelineauLa statue de Cathelineau « encagée » sur la place de l'église du Pin-en-Mauges
(Archives départementales du Maine-et-Loire en ligne,
collection iconographique, 11 Fi 4839 et 11 Fi 4844
)

Eglise du Pin-en-Mauges
Au mois de mars 1897, les planches s’envolèrent soudain. « C’est le vent ! » déclara Xavier de Cathelineau au préfet. Le fonctionnaire n’était pas dupe. Quelques jours après, la statue fut descendue et mise sous séquestre par ordre du ministre de l’Intérieur. La sensibilité républicaine ne tolérait pas qu’on vît ce monument séditieux depuis la rue.

La statue fut à nouveau placée dans une caisse et remisée pour de longues années dans l’école des garçons. Elle ne reverra le jour qu’en 1942. Replacée sur son socle le 29 octobre, sans aucun incident, elle sera bénie l’année suivante, à nouveau un 13 octobre !


Lien vers le site des Archives départementales du Maine-et-Loire
Lien vers le site des Archives de la Vendée : Éloge de Jacques Cathelineau prononcé par Mgr Luçon, évêque de Belley (Bourg-en-Bresse), dans l'église du Pin-en-Mauges, le 13 octobre 1896 (Bibliothèque Paul de Chabot)