Lorsque la municipalité de Saint-Christophe-du-Bois donna au bâtiment abritant l’école de musique le nom de « Sophie Boulloys », peu de Christophoriens connaissaient l’existence de cette personnalité, de sa famille, de son rôle dans la paroisse et la commune (1). Elle fut pourtant une des grandes figures locales au XIXe siècle.

Sophie_Boulloys_1La maison Boulloys (aujourd'hui disparue) à Saint-Christophe-du-Bois
  

Sophie Boulloys, née le 28 octobre 1781 (il y a 233 ans aujourd'hui), était la fille d’un notable de Saint-Christophe, le docteur Charles-Lazare Boulloys, d’une famille de chirurgiens, qui avait épousé Angélique Boissinot, autre famille notable. Ils vivaient dans la propriété qui se situait à l’angle de la rue du Poitou et de la rue Maréchal Leclerc, démolie depuis (photos).

Ce qui est particulièrement intéressant dans la destinée de Sophie Boulloys, c’est qu’elle a participé dans sa jeunesse, sans le vouloir assurément, à une série d’événements qui a marqué durablement notre commune, mais plus généralement ce qu’on a appelé « la Vendée Militaire » qui comprenait en 1793-1794 les Bocages vendéens et bressuirals, les Mauges, le Pays de Retz et le Pays du Loroux en Loire-Inférieure.

Sophie_Boulloys_3Vue aérienne de Saint-Christophe-du-Bois au XXe siècle
 

L’épopée vendéenne débutée en mars 1793 par le soulèvement populaire contre les mesures antireligieuses de la Convention républicaine s’est achevée en partie lors de la défaite vendéenne de Cholet, le 17 octobre de la même année, conduisant 80.000 Vendéens à franchir la Loire en une foule désordonnée et désemparée. Sophie Boulloys, alors âgée de 12 ans fit partie de cette cohorte, accompagnée de ses huit frères et sœurs. Les Mémoires de la Comtesse de La Bouëre signalent sa présence dans le bateau transportant de Saint-Florent-le-Vieil à Varades le général Bonchamps mourant, celui-là même qui venait de gracier 5.000 prisonniers républicains. On suit alors Sophie Boulloys dans le sillage de l’année catholique et royale, ses frères et sœurs qui meurent des souffrances endurées ou exécutés par les Bleus. Le reste de l’armée vendéenne se fait massacrer à Savenay, le 23 décembre 1793. Désormais sans famille, elle reste à Châteaubriant jusqu’en 1796 où elle bénéficie des secours distribués aux réfugiés de la Vendée. Pendant ce temps, la Vendée Militaire est en effet ravagée par les Colonnes infernales de Turreau qui n’épargnent pas Saint-Christophe. En 1797, Sophie Boulloys revient à Saint-Christophe. Elle s’y retirera à nouveau, après la mort de son mari.

L’apparent paradoxe de la vie de Sophie Boulloys sera son mariage en 1824 – elle a alors 43 ans – avec Lin-Loup-Lô-Luc Barré, négociateur de la paix de Montfaucon, signée le 18 janvier 1800 et premier sous-préfet de Beaupréau, aujourd’hui arrondissement de Cholet.

Sophie_Boulloys_4Lin-loup-Lô-Luc Barré (portrait ci-contre), né le 8 août 1773, a en effet commencé sa carrière administrative en Maine-et-Loire, dès 1795 après s’être engagé dans l’armée républicaine. En 1797 il est nommé au Directoire départemental du canton de Jallais dont il démissionnera le 12 mai 1799. À la demande du général républicain Hédouville, Barré reprend du service pour engager les négociations de paix avec l’abbé Bernier, agent général des Armées catholiques et royales, lesquelles avaient repris les combats après les exécutions de Stofflet et de Charette. Lin-Loup-Lô-Luc Barré est convaincu que la clef de la paix réside dans la liberté religieuse. Il le dit et l’écrit à plusieurs reprises. Pendant de long mois, il circule dans les Mauges, déguisé en Vendéen, il rencontre l’abbé Bernier et autres chefs de l’insurrection vendéenne. Nous sommes alors sous le Consulat de Napoléon Bonaparte qui reconnaissait la grandeur des Vendéens et qui redonna à la France la liberté religieuse par le Concordat de 1802. Le 22 mai 1800, en remerciement, Lin-Loup-Lô-Luc Barré est nommé premier sous-préfet de Beaupréau jusqu’au 19 mai 1814 où il sera destitué à cause de sa fidélité à l’Empereur. Il sera cependant réintégré dans l’administration jusqu’en 1822 et il prendra sa retraite dans les Mauges.

Veuf depuis 1810, il rencontre notre héroïne de Saint-Christophe, Sophie Boulloys, qu’il épouse en 1824. Il mourra le 16 août 1839. Sa veuve vivra 29 ans de plus à Saint-Christophe où elle se donnera la mission d’aider les familles en difficultés, notamment celles ayant perdu plusieurs de leurs membres pendant les Guerres de Vendée. Elle sera très active au Bureau de Bienfaisance, l’ancêtre de notre C.C.A.S. Elle fera don de 10.000 francs pour la construction de l’actuelle église paroissiale et assurera une rente de 400 francs de l’époque au Bureau de Bienfaisance pour aider les familles pauvres. On l’appellera alors « la Mère des Pauvres », épitaphe gravée sur sa pierre tombale, dans le cimetière de Saint-Christophe-du-Bois. Sa mémoire méritait largement d’être honorée à Saint-Christophe qui l’a vu naître et mourir et qui aura profité de sa générosité.

Henry Renoul

AD_Sophie_BoulloysActe de décès de Sophie Boulloys en date du 4 août 1868
  


Article de M. Henry Renoul paru dans Christo’mag, magazine d’information de la commune de Saint-Christophe-du-Bois, n°2, septembre 2014, reproduction avec l’aimable autorisation de l’auteur.

(1) André Chauvin, érudit christophorien, avait pu rappeler les grandes lignes de sa vie dans les journaux locaux. On trouve également l'histoire de Sophie Boulloys et celle de son mari dans le n°114 de la S.L.A. de Cholet, sous la signature de Louis-Emmanuel Gaillard et d’Edmond Rubion.