Après le manuscrit de Pierre Devaud, c'est au tour des mémoires de Poirier de Beauvais de refaire surface. Ce texte publié en 1893 sera mis en vente dans sa version intégrale le 17 décembre à Drouot-Richelieu.

Poirier de Beauvais
Cet extraordinaire manuscrit est le seul document connu qui donne le texte entier
 

Ce manuscrit porte en titre : Mémoires intéressans, véridiques et impartiaux sur la guerre de la Vendée dans lesquels sont relevées les fausses assertions de Turreau Général républicain, et où l'on verra le détail des cruautés commises sous son commandement, et précédemment sous celui de Canclaux. On trouvera dans ces mémoires l'origine de cette guerre, ses divers accidens et les causes qui ont amené sa fin. Par Bertrand Poirier de Beauvais, Conseiller du Roi en son Grand Conseil à Paris, et depuis commandant général de l'artillerie des différentes armées de la Vendée. S'y ajoute au bas, la mention suivante : Hélas !!! les miens & moi voulant faire du bien, n'avons fait que du mal à la France éplorée. Jalousés... abusés... et sans aucun soutien, notre Parti tomba – L'Europe fut changée.

Bertrand Poirier, sieur de Beauvais (terre près de Richelieu), naquit en 1750. Il émigra vers 1790 pour intégrer l'Armée des Princes à Coblence. Dès 1793, il rejoignit l'armée vendéenne et reçut le commandement de l'artillerie. Témoin et acteur de toutes les batailles, il fut l'un des adversaires de Charette au moment des pourparlers qui aboutirent au traité de La Jaunaye. Après l'écrasement de la Vendée, il se retira en Angleterre où il commença la rédaction de ses Mémoires, pour répondre aux assertions et aux excuses du général Turreau.

Une partie de ces Mémoires fut publiée dès 1798, sous le titre Aperçu sur la guerre de la Vendée. « Ancien noble qui avait reçu le commandement de l'Armée de l'Ouest, Turreau tenta dans un premier temps de se soustraire aux ordres de la république française qui avait ordonné de mettre la Vendée à feu et à sang. Après avoir reçu les assurances qu'il serait couvert par la Convention, il lâcha ses troupes démuselées sur le peuple vendéen : tout fut massacré, exsangué, brûlé, détruit. À la tête des Colonnes infernales, Turreau fut ainsi le leader du premier grand génocide moderne. Traîné devant un tribunal militaire et emprisonné, il rédigea des Mémoires pour se disculper ; il fut acquitté comme n'ayant fait qu'exécuter les ordres du gouvernement républicain. Turreau poursuivit ensuite une brillante carrière (ambassadeur aux États-Unis d'Amérique du Nord, baron d'Empire etc.), sans que le hurlement de ses victimes écorchées vives, empalées, transpercées, éventrées ou dépecées ne vînt troubler son sommeil de parfait exécutant. » (Paul Laruche).

Témoin véridique, dénué de toute rhétorique idéologique, Poirier de Beauvais porte un regard très acéré sur les événements auxquels il prit part, ainsi que sur les chefs qui ont fait échouer ce grand soulèvement. Nous sommes loin de l'enthousiasme hagiographique qui fut mis à la mode sous la Restauration ! Ses Mémoires incriminent le Prince de Talmont, d'Autichamp (dont il combattit l'idée de marcher sur Paris) et généralement les chefs de l'Armée catholique et royale qu'il qualifie d'impuissants. Il avait désapprouvé l'exécution de Bernard de Marigny, s'était opposé à la soumission et au désarmement consécutives au traité de La Jaunaye et avait refusé de signer cette fausse paix, dénoncé les ambitions de Cormatin, de Charette et de Frotté. En ce qui concerne le détail des opérations, son témoignage est précis, daté, circonstancié.

Poirier de Beauvais mourut dans sa terre de Beauvais, en 1826. Ses Mémoires furent donnés par le fils de l'auteur, Camille Poirier de Beauvais, à la comtesse de La Bouëre (morte en 1867). Elles furent ensuite publiées en 1893 chez Plon, par la comtesse de La Bouëre (belle-fille de la précédente), mais d'une façon partielle. Cet extraordinaire manuscrit est le seul document connu qui donne le texte entier. On y trouve quelques annotations, probablement de la main du comte et de la comtesse de La Bouëre.

Ce document exceptionnel (lot n°172 de la vente, estimation entre 5.000 et 8.000 €) sera mis en vente le mercredi 17 décembre 2014 (à partir de 13h30), à Drouot-Richelieu, salle 6. Des expositions publiques auront lieu le mardi 16 de 11h à 18h et le mercredi 17 de 11h à midi.


Lien vers le texte des Mémoire de Bertrand Poirier de Beauvais (édition de 1893)
consultable gratuitement sur Gallica et Abibnum-Vendée


Mise à jour – Bonne nouvelle ! Le manuscrit des mémoires de Bertrand Poirier de Beauvais a été acquis par les Archives départementales de la Vendée.