Ma promenade de dimanche m’a entraîné sur les bords de la Sèvre nantaise, en aval de Saint-Laurent-sur-Sèvre. L’itinéraire de ce chemin de randonnée court autour de la Barbinière, sur des coteaux boisés où l’Histoire a accroché bien des souvenirs de la Grand’Guerre de 93. 

29 EtourneauLa chaussée de pierres sur la Sèvre nantaise, pour aller au moulin d'Étourneau
 


Commençons par l'itinéraire de cette randonnée pour situer les lieux (les numéros sur la carte renvoient au texte et aux photos) :

Randonnée de la BarbiniereLa lettre D indique le point de départ ; B, la basilique du Père de Montfort
(en jaune, les chemins de terre ; en orange, la route goudronnée ;
en rose, le
GR Sèvre et Maine qui recoupe en partie mon itinéraire)
Fichier PDF : Randonnee Saint-Laurent-sur-Sevre.pdf
  

Le point de départ de cette marche se situe à l’entrée du bois de la Barbinière, à la sortie de Saint-Laurent-sur-Sèvre en direction de La Verrie (D111). Le chemin emprunte une allée empierrée – ce qui lui vaut son nom de « voie romaine » (n°1) – montant au sommet du coteau où se dresse le château de la Barbinière.
  

01 Voie romaineLa voie romaine (n°1)

Au bord de la route, face à l'allée cavalière de la Barbinière, s'élève la Croix Brébion (n°2). Elle fut érigée par un fermier voisin, nommé Brébion, pour rendre grâce à Dieu de la guérison d'un de ses enfants. D'après la tradition, cette croix se trouve à l'emplacement d'un massacre de trois personnes, dont un prêtre et une religieuse, commis par les Bleus pendant les Guerres de Vendée.
  

02 La Croix BrebionLa Croix Brébion (n°2)

Le château de la Barbinière, dont Madame de Sapinaud parle dans ses Mémoires, a malheureusement été détruit en 1892, lorsque le comte d’Aviau de Piolant en fit l’acquisition. Il appartenait, à l’époque de la Révolution, à la famille Duvau de Chavagne, apparentée aux Sapinaud*. Après la défaite de Cholet (17 octobre 1793), M. et Mme Duvau de Chavagne passèrent la Loire avec l’armée vendéenne, en compagnie de deux de leurs enfants (Loubette et Célestin). Le plus jeune, Charles Félicité, fut confié à des amis. Le père périt les armes à la main au combat de Savenay ; la mère, noyée en Loire à Nantes. Un officier républicain avait promis à cette dernière de la sauver si elle acceptait de l’épouser. Fidèle à son défunt mari, elle refusa. Madame de Sapinaud (la mémorialiste) géra alors les biens de ses petits-enfants.

La Barbinière échut finalement à Charles Félicité Duvau de Chavagnes, lui-même marié à sa cousine germaine Pauline Sapinaud de Boishuguet. À sa mort en 1863, le domaine passa à un autre cousin, Ernest Georges René Sapinaud de Boishuguet, maire de Saint-Laurent-sur-Sèvre de 1871 à 1879.
  

03 La BarbiniereLa Tourette (entre les n°2 et 3)

Il reste bien peu de choses de l’ancienne demeure qu’a connue Madame de Sapinaud. Certains éléments sont cependant visibles au bord du chemin de randonnée : la Tourette, vieille bâtisse du XVIe siècle située à l’angle du mur d’enceinte (surnommée « la Maison du Loup »), et à quelques centaines de mètres la Porte des Martyrs (n°3).
  

04 La Porte des MartyrsLa Porte des Martyrs (n°3)

Ce grand porche en pierres de taille de granit fut muré en 1893, à l’époque de la reconstruction du château, soit tout juste un siècle après les tragiques événements qui se déroulèrent à cet endroit. Les faits ont été racontés par Jean René Sapinaud de Boishuguet (frère de la propriétaire de la Barbinière, et donc fils de la mémorialiste), qui les tenait d’un paysan du lieu. Vingt personnes venues se réfugier ici furent surpris par des soldats républicains. Les Bleus les firent passer par ce portail avant de les exécuter. On dit qu’en condamnant cet accès au château qu’il faisait rebâtir, le comte d’Aviau de Piolant aurait eu l’intention d’ériger un monument en mémoire des victimes. Mais ce projet ne vit jamais le jour. Une croix fut cependant placée au sommet du mur, au-dessus d’une pierre gravée portant l’inscription « Porte des Martyrs ».
  

05 La Porte des MartyrsLa croix au-dessus de la Porte des Martyrs (n°3)

Reprenons notre marche par le chemin qui descend de la Barbinière vers la voie ferrée, puis vers la Guérivière. Par endroit le sentier est bien gras : « Un p'tchi routin bin cassoux » (un petit chemin bien boueux) aurait dit ma grand-mère…
  

06 La BarbiniereDerrière les arbres, les toitures de la Barbinière (entre les n°3 et 4)

07 BarbinLa voie ferrée (n°4)

08 BarbinRencontre au bord du chemin

09 BarbinEn descendant vers la Sèvre (n°5)

À l’approche des berges de la Sèvre, l’horizon se dégage sur les deux viaducs, celui de Barbin aux belles arches élancées, et celui de l’A87, trapu et… bruyant !
 

10 BarbinLe viaduc de Barbin

11 La Sevre nantaiseLa Sèvre nantaise (n°6)

Le calme revient enfin dans les bois, à l’approche du ruisseau du Blanc. Le sentier le longe jusqu’à la Pistolerie. Ce passage pittoresque bercé par le murmure d’une petite cascade me conduit au moulin de l’Enfer.
 

12 Le BlancLe ruisseau du Blanc avant sa confluence avec la Sèvre

Cet ancien moulin à farine ruiné à la Révolution abrite une légende de fantôme. On raconte qu’au temps des Guerres de Vendée, le meunier aurait trahi en donnant des renseignements aux Bleus. Par vengeance, les Blancs l’auraient surpris dans son moulin et pendu à une poutre. Depuis, on entend chaque année, dans la nuit de Noël, les cris du malheureux se perdre dans l’obscurité de la forêt…
 

13 Moulin de l'EnferLe moulin de l'Enfer (à l'intérieur)

14 Moulin de l'EnferLes ruines du moulin de l'Enfer, envahies de végétation

Mon chemin franchit le ruisseau un peu plus haut, en amont, sur une passerelle gagnée par une légère brume (n°7). Je lui préfère toutefois un antique pont de pierre couvert de mousse. Combien de pas ont fait résonner cette vieille dalle de granit à travers les siècles ?
 

15La passerelle sur le Blanc (n°7)

15Le vieux pont de pierre

16 Le BlancUn calvaire au carrefour de plusieurs chemins

Je longe ainsi le Blanc sur sa rive gauche, puis j’oblique vers le moulin du Guy (n°8), dont la large digue me permet de passer la Sèvre. Changement de commune : je foule ici les terres de Saint-Hilaire-de-Mortagne.
 

17 Le GuyLe moulin du Guy (n°8)

18 Le GuyLa Sèvre au Guy

19 Le GuyLa digue du moulin du Guy

20 Le coteau de Saint-HilaireAu pied du coteau de la Garde

21 Le ChaletL'allée du Chalet (n°9)

La route assez raide gravit le coteau pour rejoindre la voie de chemin de fer que j’emprunte jusqu’au viaduc de Barbin (oui, je sais, c’est interdit aux piétons…).
 

22 BarbinVue sur la vallée depuis le viaduc, dont on voit l'ombre des arches (n°11)

23 BarbinLa viaduc de Barbin

24 Le TheilLes ruines du Theil (n°10)

Je redescends ensuite par l’étroit escalier aménagé dans la culée du pont, passe par l’ancienne ferme du Theil (n°10) réduite à l’état de ruines, et suis le sentier à flanc de coteau au-dessus de la Sèvre. Ce passage particulièrement sinueux offre beaucoup d’attraits pour la qualité de ses paysages (n°12).
 

25 Le coteau de Saint-HilaireSur le coteau entre le Theil et le Domaine (n°12)

26 Le coteau de Saint-HilaireEn descendant vers le Domaine

J’arrive enfin au Domaine (n°13), un charmant hameau niché au bord de l’eau. De vieilles chaussées de pierres jetées en travers de la Sèvre me permettent d’atteindre sur l’autre rive (me revoilà à Saint-Laurent-sur-Sèvre) le moulin d’Étourneau (n°14).
  

27 Le DomaineLa Sèvre près du Domaine

28 Le DomaineLe Domaine (n°13)

30 EtourneauLe moulin d'Étourneau (n°14)

La famille Léger qui habitait là sous la Révolution fut décimée par les événements de 1793. Emportés dans l’exode de la Virée de Galerne, les parents et plusieurs enfants furent tués par les Bleus dans des circonstances dramatiques. Certains survécurent aux malheurs, mais il ne leur fut pas aisé de se retrouver. J’ai eu l’occasion de raconter leur histoire dans un précédent article.
 

31 EtourneauLe moulin d'Étourneau

32 EtourneauL'arceau sur la berge

33 EtourneauLe moulin d'Étourneau

34 EtourneauUne chaussée entre l'Étourneau et Buchet

Mon parcours touche à sa fin. Caché derrière le coteau de la Barbinière, le soleil darde ses derniers rayons sur la cime des arbres. Le soir tombe bien vite en cette saison. Peut-être devrais-je revenir au moulin de l’Enfer écouter les bruits de la nuit. Après tout, nous ne sommes pas loin de Noël. Le meunier me raconterait peut-être son histoire…
  

35 BuchetLa Sèvre près de Buchet

36 BuchetLa chaussée de Buchet

37 BuchetDernière vue sur la Sèvre (n°15)

  


* Marie-Magdelon François Duvau de Chavagne en avait hérité en 1785. Il se maria en 1788, à Mortagne-sur-Sèvre, avec Charlotte Ambroise Barthélémie Prosper Sapinaud de Boishuguet, la fille de la mémorialiste.