Ma promenade du dimanche m’a entraîné dans les Mauges, comme un retour aux sources… Cet itinéraire fait le tour de l’abbaye de Bellefontaine, rejoint Andrezé par le « Chemin des Canons » et revient par la chaussée des Hayes.

18 BellefontaineAu détour du chemin, la croix de Jeanne-qui-court...
  


Voici, pour commencer, l'itinéraire de la promenade (les numéros renvoient au texte et aux photos) :

Randonnee de Bellefontaine a AndrezeLa lettre D indique le point de départ à l'entrée de l'abbaye de Bellefontaine
   Longueur : 8,5 km – Durée : 1h45
Fichier PDF : Randonnee Chemin des Canons.pdf
 

C’est l’un de mes parcours de randonnée préférés. Tracé dans un bocage onduleux, il est jalonné de lieux d’histoire : une chapelle gardant le souvenir de Jacques Cathelineau, un chemin creux des Guerres de Vendée, les ruines d’un château-fort incendié par les Bleus et une curieuse croix élevée à cause d’un loup.
  

01 BellefontaineDans le creux d'un vallon, Notre-Dame de Bon-Secours (n°1).
Les arbres qui la cachaient ont été abattus.

  

Mon point de départ est fixé à l’entrée de l’abbaye de Bellefontaine. Ce haut lieu de la spiritualité dans les Mauges a été dévasté sous la Révolution et entièrement rebâti au XIXe siècle. La route longe le haut mur d’enceinte vers l’est, puis descend dans un profond vallon jusqu’à la chapelle Notre-Dame de Bon-Secours (n°1). Ce sanctuaire a fait l’objet d’une restauration soignée depuis 2010. Avec Notre-Dame de Charité, ce fut l’un des principaux centres de pèlerinage au cours de l’été 1791, à l’époque où les persécutions anticatholiques poussaient les fidèles vers ces derniers refuges de la foi. Autour du chœur de la chapelle, deux fresques réalisées par le Choletais Maurice Laurentin évoquent cet épisode de la Révolution. On distingue sur celle de gauche, en prière au pied de la Vierge de Bellefontaine, Jacques Cathelineau, qui sera promu généralissime des armées vendéennes en 1793.
  

02 BellefontaineLa façade fraîchement restaurée de la chapelle

03 BellefontaineL'intérieur de la chapelle et les fresques de Maurice Laurentin

04 BellefontaineVue sur l'abbaye depuis la chapelle Notre-Dame de Bon-Secours
  

En sortant de la chapelle, je poursuis vers la droite, le long des vergers qui font la renommée de l’abbaye. Au bout du champ, mon chemin plonge soudain au fond de la vallée du Beuvron. Le site ne manque pas de charme. Le passage se fait plus étroit sur cette berge humide. Je marque un arrêt devant un petit oratoire sommairement maçonné, mais toujours vénéré, avant d’atteindre le pont de bois qui me fait passer sur les terres d’Andrezé (n°2). On l’appelle communément la « Planche de l’Eau », ou encore la « Planche de Bellefontaine » sur le cadastre ancien. Ce pont aujourd’hui anodin marquait jadis une frontière importante entre le diocèse d’Angers (dont dépendait Andrezé) et celui de La Rochelle (dont dépendait l’abbaye de Bellefontaine sise en Bégrolles-en-Mauges).

06 Planche de l'EauLa vallée du Beuvron et la Planche de l'Eau (à l'arrière-plan)

07 Planche de l'EauL'oratoire au bord de la rivière

08 Planche de l'EauLa Planche de l'Eau (n°2) ouvre la voie vers le Chemin des Canons
  

J’arrive bientôt à un endroit qui fait rêver tout amateur d’histoire vendéenne, un chemin creux tout droit sorti des récits de la Grand’Guerre de 1793 : le « Chemin des Canons » (n°3). On imagine avec peine qu’il s’agit là d’une vieille route qui menait de Cholet à Beaupréau au XVIIIe siècle. Les soldats républicains qui l’empruntaient redoutaient ce passage aussi étroit que profond, boueux aux premières pluies (comme ce dimanche), les rendant vulnérables à toute embuscade des rebelles. Ils avaient d’ailleurs du mal à y faire manœuvrer leurs affûts de canons dont les essieux trop larges s’accrochaient aux parois de schiste. Ce lieu chargé d’histoire en a gardé le nom.
  

09 Sentier des canonsLe Chemin des Canons (vers le nord)

 

10 Sentier des canonsLe Chemin des Canons (vers le sud)
  

Je quitte à regret ce « Chemin des Canons » pour remonter le coteau jusqu’à la croix de la Roche (n°4), et tourne sur la gauche dans une véritable fondrière où je m’embourbe jusqu’aux chevilles. Par chance, ce passage délicat n’est pas trop long, je peux poursuivre pratiquement au sec jusqu’au bourg d’Andrezé.
  

11 AndrezeLa croix de la Roche (n°4)

12 AndrezeLe chemin court sur la crète jusqu'à Andrezé
  

L’église m’accueille par une jolie mélodie carillonnée (n°5). Je m’y attarde un moment, pour reprendre ma marche vers la Grande Guerche (n°6). La route qui se prolonge vers le nord mène à l’Augardière près de laquelle une plaque en mémoire des prêtres réfractaires a été inaugurée l’an dernier. Ce sera pour une autre fois, car à la croix de la Grande Guerche je tourne à droite dans un chemin de terre gorgé d’eau, pour m’approcher du château des Hayes-Gasselin (n°8).
  

13 AndrezeL'église d'Andrezé (n°5)

15 AndrezeLa croix des Hayes (n°7) et le château en ruines (à l'arrière-plan)

16 AndrezeLe château des Hayes-Gasselin (n°8)
  

Il ne reste de cette forteresse du XVe siècle que vieux murs envahis de végétation. Les soldats républicains y boutèrent le feu en 1794. On aperçoit les ruines au loin, en suivant la chaussée des Hayes qui me ramène vers la croix de la Roche. Me revoilà pataugeant allègrement dans la boue, pour retrouver enfin le fameux « Chemin des Canons ».

17 Planche de l'EauLa Planche de l'Eau au retour
(vers la droite, le chemin conduit à la croix de Jeanne-qui-court)

  

Redescendu à la « Planche de l’Eau », je tourne cette fois vers la droite en contournant l’abbaye de Bellefontaine par le nord. Le chemin bordé de pépinières monte en pente douce jusqu’à la ferme du Boulay et, à quelques pas de là, à la « croix de Jeanne-qui-court » (n°9). D’où vient ce nom qui semble porter une légende ?
  

19 BellefontaineLa croix de Jeanne-qui-court (n°9)
     

Fille de Pierre Chupin, métayer au Boulay, et de Jeanne Lecoindre, Jeanne Augustine Chupin naquit le 26 avril 1842 au milieu d’une famille de dix enfants, tous élevés dans les vertus chrétiennes. Ses quatre jeunes sœurs entrèrent chez les religieuses de Sainte-Marie de Torfou. D’une intrépidité à toute épreuve, Jeanne n’hésitait pas à sillonner seule la campagne alentour. Une nuit pourtant, en traversant les bois, elle fut saisie par la peur lorsqu’elle aperçut deux yeux brillants dans l’obscurité. Elle se figea derrière un arbre, récitant son chapelet tandis que le loup la fixait toujours. Jeanne fit alors la promesse de demander à son père d’ériger une croix près de la ferme si la bête l’épargnait. Et le loup la laissa en paix. Pierre Chupin répondit alors au vœu de sa fille. La croix de l’intrépide « Jeanne-qui-court » fut élevée vers 1860 et bénie par Dom Fulgence-Guillaume, abbé de Bellefontaine. Elle a été restaurée en 1977, puis à nouveau en 2008.
  

20 BellefontaineLa croix de Jeanne-qui-court (n°9)

21 BellefontaineLe chemin vers le Moulin des Moines

22 BellefontaineL'intérieur du moulin
  

Le chemin à gauche de la croix me ramène vers l’entrée de l’abbaye en passant devant la tour fuselée du « Moulin des Moines » aujourd’hui à l’abandon. Les cloches de la chapelle sonnent à nouveau, comme au moment de mon départ. Il est temps de rentrer.
  

23 BellefontaineL'abbaye de Bellefontaine

24 BellefontaineLe portail d'entrée de l'abbaye