Dressée à la sortie de Chavagnes-en-Paillers en direction des Brouzils, la fontaine de la Boue sacrée se distingue par l’énorme croix qui la surmonte et par un étrange bas-relief représentant sur l’un de ses côtés un ciboire renversé. Cet élément sculpté nous renvoie à une légende locale, ou plutôt à deux histoires qui expliquent ce nom de « Boue sacrée ».

La Boue sacreeLe ciboire renversé sur la fontaine de la Boue sacrée
  

Dans une première version, on raconte qu’une mare barrait le passage à cet endroit. Pour la franchir, un simple gué avait été aménagé. Un beau matin, le curé de Chavagnes quitta son église revêtu de son surplis et d’une étole, afin de porter le Saint Viatique à un mourant dans un hameau situé sur la route des Brouzils. Habitué à cet itinéraire, il marchait prestement en songeant à son prochain sermon, mais se figea devant cette mare de boue. Pestant contre ses paroissiens qui auraient pu combler ce cloaque, il chercha un endroit où poser le pied sans se crotter, en vain. Il tenta alors de traverser en une seule enjambée. Hélas ! son pied glissa, et notre infortuné curé, empêtré dans sa soutane, s’étala de tout son long dans la mare. Dans sa chute, le ciboire qu’il transportait répandit les hosties dans la boue, ce qui la sanctifia aux yeux de ses ouailles.

Henri Bourgeois en a donné une seconde version moins prosaïque, qu’il a placée au temps où les guerres de religion semaient la désolation dans la contrée. Des huguenots investirent un jour la paroisse de Chavagnes pour piller l’église. Ils repartirent avec les objets de valeur vers Les Brouzils, déversant dans la mare les Saintes Espèces contenues dans le tabernacle qu’ils avaient fracturé. Dans la journée, un paysan de l’Ulière, une ferme voisine, mena ses bêtes à « l’abrou », quand il fut surpris de les voir s’incliner au bord de l’eau, sans boire. Averti par sa servante qui aperçut les hosties répandues, il envoya sur-le-champ son valet Jacquet prévenir le curé. Accouru sur place, ce dernier les retira une à une de la boue et les vit avec stupeur redevenir d’une blancheur immaculée. Le miracle fut tel qu’on dit aussi que les hosties profanées s’élevèrent d’elles-mêmes pour se déposer dans le vase sacré tenu par le prêtre.
  

La fontaine de la Boue sacreeLa fontaine de la Boue sacrée à Chavagnes-en-Paillers
  

La mare fut finalement comblée et une fontaine édifiée à son emplacement. L’actuel monument de granit érigé en 1865 a gardé son nom de « Boue sacrée » et l’image du ciboire renversé en souvenir de cette mésaventure.

Certes l'histoire de cette fontaine n'a guère à voir avec les Guerres de Vendée, mais elle fait partie d'une promenade que j'ai faite aujourd'hui pour revoir le monument aux victimes des Colonnes infernales à Chavagnes-en-Paillers (article à suivre…).