Après un long travail de reliure, le « Premier registre d’état civil, district de Clisson, 1792 » vient de retrouver son étagère au service de l’état civil de la mairie du Loroux-Bottereau. Ce précieux document marque le transfert de l’état civil de l’Église à l’administration municipale et témoigne des vicissitudes de la Révolution dans le Loroux. 

Le Loroux BottereauLe Lorousain Louis Bossard (à gauche), en compagnie de David Rousseau, responsable à l'état civil de la mairie, tenant le vieux registre sauvé des flammes révolutionnaires par l'abbé Julien-Pierre Rouxeau (photo Ouest-France)
  

Le retour du premier registre d’été civil du Loroux-Bottereau s’effectue après un long passage dans les mains expertes d’un relieur spécialiste des vieux écrits. « Depuis plusieurs mois, je suis intervenu pour demander au maire de faire relier l’ancien document qui acte, sur notre commune, le début de la République française. Aujourd’hui, je suis heureux de retrouver le registre de nouveau capable de franchir sans encombre les prochaines décennies », assure l’historien local Louis Bossard, en contemplant le travail du spécialiste.

Témoin du passage à la République française

Ce registre, dont les premiers enregistrements datent de 1620, concerne les cérémonies religieuses (baptêmes, mariages et sépultures). Il acte le passage à la République française en transformant l’enregistrement en actes civils (naissances, mariages et décès).

Sur la page de garde est écrit : « Ce présent registre a été remis aux mains de Louis-Pierre Valin, maire de la commune du Loroux-Bottereau, par M. Rouxeau, prêtre, le 25 janvier 1807. » Comment ce registre fut-il sauvé, des exactions de la Révolution ? « Sans doute comme le livre sur l’histoire de la confrérie du Saint sacrement », imagine Louis Bossard, en relisant les nombreux écrits de l’abbé. « Ce n’est que par miracle que je les ai conservés, note le prélat. Emportés sur mon dos, dans ma plus grande déroute de 1794 au mois de mars le 10 ; le jour des incendies du Loroux, jusqu’au bois de l’Épau. Je les cachais dans l’embrasure de la fenêtre d’une maison brûlée, bien revêtue de carreaux. Un an après, un peu en paix, j’allais les quérir ; et les voilà, indique le prêtre, qui poursuit. Priez Dieu pour moi votre serviteur et bienfaiteur, si toutefois vous êtes bon catholique. »

Un homme d'Église plutôt doué pour les affaires

Fils de Julien Rouxeau, notaire et procureur fiscal à la seigneurie de Briacé, et de Marguerite Mesnard, le jeune Julien-Pierre Rouxeau est baptisé au Loroux-Bottereau, le 8 mai 1734. Il fréquente le collège du Loroux. « Collège où je me flatte d’avoir appris à lire et à écrire jusqu’à l’âge de 6 ans et 10 mois », dit le futur abbé, dans un de ses textes.

Devenu, à 19 ans, maître ès-arts, avec une thèse en physique, il est ordonné prêtre à 25 ans. Il est successivement vicaire à Saint-Étienne-de-Mer-Morte, La Chapelle-sur-Erdre et Saint-Julien-de-Concelles. « C’est grâce à un combat judiciaire acharné, qu’il devient titulaire des bénéfices très avantageux des chapellenies de la Brosse, de celle du Breil-Aubin et un peu plus tard de la Guestière », indique Louis Bossard.

Ce nouveau statut lui faisant obligation de résider au Loroux, c’est en 1769 que l’on retrouve l’abbé Julien-Pierre Rouxeau, de retour dans son pays natal. « Un an après, avec 1 500 livres de traitement annuel, il perçoit plus de revenus que le curé de la paroisse qui a, lui, à sa charge, l’entretien de ses deux vicaires, de quatre domestiques ainsi que de trois chevaux. »

Qualifié de polémiste et d’érudit, l’homme d'Église qui est entré dans la confrérie du Saint-Sacrement dès 1759, est nommé prévôt ecclésiastique le 30 juin 1791. « En 1792, comme tous les prêtres non assermentés du département, il doit se rendre à Nantes pour y être assigné à résidence. Il figure dans le registre au n° 260 sur les 392 qui répondent à l’obligation de se présenter chaque midi à l’appel nominal. »

Indiqué pourtant comme malade, on retrouve, en juin 1792, notre prélat signalé comme fugitif, caché et errant. Échappant aux poursuites des patriotes, il suit l’armée vendéenne et participe à la Virée de Galerne. Qualifié de vieux et d’infirme, on le localise un moment à Granville, dans la Manche. C’est lui, pourtant, qui sauvera en mars 1794, le très précieux registre mixte de 1792 et le premier registre de la confrérie du Saint-Sacrement fondée au Loroux en 1620. « C’est âgé de 77 ans, que l’enfant du pays Julien-Pierre Rouxeau, devenu abbé dans sa paroisse natale, décédera à Nantes le 11 septembre 1811. »

Source : Ouest-France, édition du Vignoble, mercredi 15 juillet 2015

Merci à Gérard Biteau !


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