Les Archives départementales rivalisent d’imagination pour proposer de nouveaux services à leurs visiteurs. Celles de la Vendée ou du Maine-et-Loire en offrent d’excellents exemples. Mais il faut s’éloigner de notre région pour découvrir d’intéressantes bases de données concernant les Inventaires de 1906. 

Inventaires 1906En-tête de l'inventaire de Cieux en Haute-Vienne
  

Un siècle après le Concordat, la IIIe République porta un rude coup aux institutions catholiques en instituant en 1905 une loi de séparation des Églises et de l’État. La mise en œuvre de ce texte provoqua un mouvement de résistance des fidèles connu sous le nom de « querelles des inventaires ». Il était en effet prévu que les bâtiments et les biens mobiliers des églises seraient transférés à des associations cultuelles, après un inventaire complet, qui fut vécu comme une profanation. L’opposition vigoureuse des catholiques, qui nécessita l’envoi de gendarmes et même parfois de la force armée, fit de cet événement la dernière confrontation violente entre l’Église et la République.

Il en reste chez nous des traces encore visibles dans des portes lacérées de coups de haches, à Saint-Martin de Beaupréau, à La Rabatelière (ci-dessous) ou encore à Courlay.
  

La Rabateliere 02La porte fracturée de l'église de La Rabatelière (Vendée)
  

Pour comprendre en quoi consistaient ces fameux Inventaires, on peut consulter quelques sites d’archives en ligne qui en proposent les rapports, comme ceux des Hautes-Pyrénées. Piochons un exemple très intéressant en Haute-Vienne, celui de la commune de Cieux. Le receveur des Domaines commence son compte rendu par une déclaration du curé, Joseph Meunier, qui proteste en arguant que les objets qui vont être inventoriés proviennent à peu près tous d’un seul homme, un généreux bienfaiteur qui a restauré cette église. Celle-ci est précisément décrite dans un premier chapitre, avec une estimation de sa valeur comme de tous les biens mobiliers qui suivent. Tout y passe : les bénitiers, les cloches, le chemin de croix, un petit vitrail, les chaises et les bancs, les lustres, les statues en plâtre, les grilles, deux vases, des ex-voto en marbre, un confessionnal, des chasubles, étoles et surplis, etc., jusqu’à un vieux missel, un tronc en fer-blanc et une crèche en bois.

Chose remarquable, une émouvante déclaration de l’abbé Roby, vicaire général, est insérée au beau milieu de l’inventaire. En voici un extrait : « Nos biens sont sacrés. Dieu en est le seul maître ; il nous en a confié la garde… Pour moi, enfant de cette paroisse, prêtre et modeste bienfaiteur de cette église de mon baptême, puis de ma première messe, je suis impuissant à contenir ma douleur… Et ne croyez pas que le langage, que je voudrais énergique, soit une révolte. Non, je ne puis oublier que je reste le disciple et le ministre d’un Maître qui a combattu par le sacrifice et triomphé par la mort. Pauvre, dépouillé de ces biens, je resterai encore le frère de tous les hommes. Sans église peut-être, les fidèles de Cieux et moi, nous trouverons sans doute un hangar pour y servir notre Père. Et quand cette demeure de notre Dieu sera jugée illégale (souligné dans le texte), il nous restera pour ce Dieu, banni de partout, nos poitrines et nos cœurs. Et ce sera bien alors son asile inviolable, puisque le cœur chrétien restera toujours le dernier refuge de la liberté ! »

J’attends avec une impatience mesurée la mise en ligne des Inventaires de 1906 par les Archives de la Vendée, du Maine-et-Loire, de la Loire-Atlantique et des Deux-Sèvres…