Le 3 janvier 1794, les troupes républicaines ont repris l’île de Noirmoutier, où les Vendéens s’étaient retranchés depuis le 12 octobre précédent. Parmi leurs prisonniers figure un prêtre, l’abbé Lusson, resté dans les mémoires pour avoir composé la fameuse Marseillaise des Blancs.

Execution de d'ElbeeL'exécution de d'Elbée et de ses compagnons sur la place d'armes de Noirmoutier inaugure les massacres de prisonniers vendéens qui vont ensanglanter l'île.


Lorsque les prêtres vendéens durent choisir entre la persécution et l’exil, l’abbé René-Charles Lusson, vicaire de Saint-Georges-de-Montaigu, n’hésita pas un instant. D’un tempérament fier et belliqueux, il ne voulut pas abandonner ses paroissiens. Il refusa d’accompagner en Espagne son curé, l’abbé Fouasson, et demeura à son poste, bien décidé à affronter la haine des persécuteurs. Le jeune prêtre qui connaissait bien son Bocage semblait avoir deviné que l’heure de la lutte était proche.


À partir du mois de mars 1792, date à laquelle un arrêté avait été pris contre lui, et jusqu’à l’époque du soulèvement un an après, il se tint caché dans les environs de Saint-Georges-de-Montaigu pour échapper aux recherches des agents de l’autorité. Lorsque l’insurrection éclata dans le district et que les paysans, poussés à bout et enfin révoltés, se décidèrent à recourir aux armes, le vicaire de Saint-Georges s’empressa, comme l’abbé Barbotin en Anjou et comme tant d’autres ailleurs, de se mettre à la disposition des insurgés, et il devint le premier aumônier de l’Armée du Centre où son frère, aubergiste à Saint-Fulgent, figurait en qualité de capitaine de paroisse.

Allons, armées catholiques, le jour de gloire est arrivé…

Prêtre courageux et intrépide, l’abbé Lusson était en même temps poète à ses heures, et il avait trouvé original de composer, sur l’air (plagié) de la fameuse Marseillaise, une poésie dont voici les paroles mâtinées de patois vendéen :

1
. Allons, armées catholiques,

Le jour de gloëre est arrivé.

Contre nous de la République

L’étendard sanglant est levé. (bis)

Ontondez-vous dans tchiès campagnes

Les cris impurs daux scélérats ?

Le venant duchque dans vous bras

Prendre vous feilles et vous femmes !

Refrain
– Aux armes, Poitevins, formez vous bataillons !

Marchons, marchons !

Le sang daux Blieux rougira nos seillons !


2. Quoë ! Daux infâmes hérétiques

Feriant la loë dans nous foyers !

Quoë ! Daux muscadins de boutiques

Nous écraseriant sô lûs pieds ! (bis)

Et le Rodrigue abominable,

Infâme suppôt dau démaon,

S’installerait en la mésaon

De noutre Jésus adorable !


3. Tremblez pervers, et vous timides,

La bourrée daux deux partis !

Tremblez, vous intrigues perdides

Vant enfin recevoir lû prix ! (bis)

Tot est levé pre ve cambattre,

De Saint-Jean-de-Monts à Biaupreau,

D’Angers à la ville d’Airvault,

Nous gâs ne vêlant que se battre !


4. Chrétiens, vrais fails de l’Eglise,

Séparez de vous ennemis

La faiblesse à la paour soumise

Que voirez en pays conquis. (bis)

Mais tchiès citoyens sanguinaires,

Mais les adhérents de Camus,

Tchiès prêtres jureux et intrus

Cause de totes nos misères !


5. O sainte Vierge Marie,

Condis, soutins nous bras vengeurs.

Contre ine séquelle ennemie,

Combats avec tes zélateurs ! (bis)

A nous étondards la victoëre

Est premise de tchiau moument ;

Que le régicide expirant

Voie taon triomphe et noutre gloëre !

Cette Marseillaise vendéenne connut tout de suite un grand succès parmi les insurgés, et elle contribua même à la victoire des Vendéens du 19 mars 1793, contre l’armée républicaine commandée par le général Marcé.

L'une des premières victimes de Bleus à Noirmoutier


L’abbé Lusson continua à exercer bravement son ministère d’aumônier tout au long de l’année 1793. Il se trouvait à Noirmoutier en compagnie de d’Elbée, lorsque les Bleus reprirent l’île le 3 janvier 1794. C’était une victime de choix toute désignée à la fureur de la commission militaire, et les balles des séides du représentant Turreau en firent un martyr.


On trouve à ce propos, dans les Archives du diocèse de Luçon (t. II, p. 688), la note suivante : « Une tradition de Noirmoutier, visiblement altérée, et dont l’erreur a dû être causée par le nom même du personnage en question, rapporte qu’un grand vicaire de Luçon a été fusillé, en janvier 1794, en face du château, au coin de la rue du Grand-Four […] Il n’est pas douteux qu’il ne s’agisse ici de l’abbé Lusson, vicaire de Saint-Georges. »

D’après Henri Bourgeois, La Vendée historique, 1er février 1897