L’inclination de Charette pour les jolies femmes faillit le perdre à « l’affaire de La Bruffière », il y a juste 220 ans. Il s’en est fallu de peu pour que l’épopée de Charette se fût achevée là, dès les premiers jours de 1796. 

La GrangeLe manoir de la Grange, où Charette fut surpris par les Bleus dans la nuit du 3 au 4 janvier 1796, existe toujours au n°6 de la rue de la Grange, à La Bruffière.
  

Charette a repris les armes au cours de l’été 1795. Il est bien seul cependant, car le plan de pacification mis en œuvre par Hoche a porté ses fruits : les Vendéens, las de la guerre, ne suivent plus leur général, qui ne peut guère compter que sur ses derniers fidèles ; d’autant plus que Stofflet ne l’a pas suivi dans cette aventure. Pourchassé sans relâche par les colonnes républicaines, Charette doit en outre se méfier des espions de Hoche. Il va en faire l’amère expérience en ce début janvier 1796.

Encore une amazone

Pressé de toutes parts, Charette se dirige vers l’Anjou pour y rencontrer Stofflet, qu’il espère convaincre de relancer les hostilités. Des chefs chouans l’accompagnent, Rochecotte, Bourmont et Vaugiraud, ainsi que des « amazones », Madame de Montsorbier et Mesdemoiselles de Voyneau, de La Rochette et de Couëtus, les dernières devenues récemment orphelines. Près du château de la Preuille, à Saint-Hilaire-de-Loulay, Charette accroche une troupe de soldats républicains, qui le repousse. Dans sa retraite, il rencontre sur le grand chemin de Montaigu à Clisson une amazone étrangère au pays : Madame de Pontbellanger, fille du marquis de Grégo et veuve d’un officier royaliste fusillé à Quiberon.

La dame, qui se dit impatiente d’en découdre avec les Bleus, gagne sans peine la confiance des Vendéens. Après une course de deux lieues dans des chemins couverts, ceux-ci arrivent enfin à La Bruffière. Charette s’installe avec son état-major et ses amazones dans le manoir de la Grange, en plein bourg, pour y passer la nuit du 3 au 4 janvier 1796.

L’affaire de La Bruffière

Soudain, vers 3 heures du matin, une sentinelle jette l’alarme : les Bleus sont là ! Branle-bas de combat parmi les Vendéens, Charette tente de fuir à cheval en direction de Treize-Septiers, mais l’ennemi lui barre le chemin. Il tourne bride vers Montaigu et se retrouve là aussi encerclé. Au milieu des combats, il rassemble ses officiers et ses amazones à la Grange. Seule manque Madame de Grégo…

À la tête de ses cavaliers, Charette lance alors une attaque vers le sud du bourg, plaçant les femmes au milieu de son escadron de cavalerie. L’affaire de La Bruffière se solde par de très lourdes pertes pour les Vendéens. Après une course effrénée au milieu des fondrières et des fossés, la petite troupe arrive aux Landes-Génusson, où les Bleus l’accrochent à nouveau. Elle poursuit sa route toute la journée du 4 janvier 1796 et une partie de la nuit avant de parvenir à Belleville-sur-Vie.

Qu’est devenue Madame de Grégo cette nuit-là ?

Cachée dans les communs du manoir de la Grange, Madame de Grégo n’a pas suivi les autres amazones. Au contraire, elle a attendu la fin du combat pour rejoindre son véritable camp. Hoche écrira en effet à son sujet, le 2 mars 1796 : « Quelques services rendus à propos m’ont gagné sa confiance, et les Royalistes n’ont pas fait un mouvement ou noué une intrigue à sa connaissance que je n’en fusse instruit sur-le-champ. »

L’affaire de La Bruffière empêcha la rencontre entre Charette et Stofflet. Auraient-ils pu reconstituer ensemble une grande armée ? On peut en douter. Stofflet reprendra les armes peu après et succombera – encore une trahison ! – le 25 février 1796. Charette n’aura qu’un mois de sursis.