Madame de La Rochejaquelein évoque dans ses Mémoires, au temps où elle s’était réfugiée au château du Dréneuc en 1794, la venue d’un personnage haut en couleur, qui plaçait la poésie au-dessus de sa propre survie.

Le DreneucLe château du Dréneuc, près de Fégréac, refuge de Madame de La Rochejaquelein sous la Terreur

 
« À deux reprises vint chez Madame Dumoustiers un bourgeois de Nantes de sa connaissance, M. de La Bréjolière ; il se cachait, étant hors la loi, comme suspect… » Ce brave homme, Paul Martin Bouhier, sieur de La Bréjolière, né à Nantes le 7 novembre 1731, exerçait naguère dans sa ville natale les fonctions de contrôleur des actes et receveur des droits d’enregistrement. Versé dans la philosophie autant que dans la poésie, il accueillit favorablement la Révolution dans ses premières années, ce qui lui fit conserver son poste. Le sinistre Fouché y mit pourtant un terme le 30 mars 1793, au cours de sa mission à Nantes, destituant M. de La Bréjolière comme suspect de complicité avec les « brigands de la Vendée », pour le remplacer par le sans-culotte Goullin.


Préférant ne pas tenter le diable, notre homme alla chercher refuge dans la campagne alentour, sans pour autant faire preuve d’une grande discrétion. C’est alors qu’il se présenta chez Madame Dumoustiers, au château du Dréneuc, paroisse de Fégréac.

« C’était un vieillard aimable et tout à fait original, nous dit Madame de La Rochejaquelein. Il courait le pays, habillé en paysan, mais, ne pouvant se figurer les risques auxquels il était exposé, il avait des manchettes, une chemise fine, une montre, et il était parfumé de musc. Il faisait de jolis vers ; un jour entre autres il en répétait à maman, on vint lui dire que les Bleus arrivaient pour la visite habituelle ; on eut mille peines à le décider à sortir, parce que son épître n’était pas finie ; il la débitait en s’en allant, avec une distraction à mourir de rire. »


M. de La Bréjolière parvint à filer entre les mains des hommes de Carrier, et put rentrer à Nantes quand la Terreur se fut dissipée. Quelques années après, le 7 décembre 1803, sa fille Madeleine Perrine épousa Joseph Alexis, vicomte Walsh, célèbre auteur des Lettres vendéennes.



Sources : Mémoires de Madame la Marquise de La Rochejaquelein, édition Bourloton, rééd. Pays et Terroirs, 1993, p. 403 ; Henri Bourgeois, La Vendée historique, n° 75, février 1900, pp. 62-63.