La randonnée qui nous a conduits il y a une semaine sur les derniers pas de Charette nous a fait découvrir un personnage injustement délaissé par les historiens de la Vendée, le « vezou », incarné avec beaucoup d’authenticité par Patrick Proust. Qui était ce joueur de « veuze » et quel fut son rôle au temps de la Grand’Guerre de 93 ?

Patrick ProustPatrick Proust au début de la randonnée « sur les derniers pas de Charette »,
samedi 19 mars 2016 (photo Thierry Équinoxe)
  

Présents de longue date dans tous les événements de la vie rurale en Pays de Retz et dans le Bocage, les vezous (ou veuzous) se sont naturellement retrouvés aux côtés des paysans et des artisans soulevés contre les excès de la Révolution en mars 1793. Selon J.-B. Huet de Coetlizan (1), on les rencontrait exclusivement parmi les meuniers « qui ont seuls le temps de se livrer à cette étude ». Ceux-ci auraient-ils une réputation d’oisiveté, comme le suggère la chanson « Meunier, tu dors » ?

Oisifs peut-être, mais téméraires sûrement, car ils n’étaient pas les derniers à marcher au feu, armés de leur seul instrument. « Des cornemuses annonçaient la présence de l’ennemi – comprenez les Vendéens, car Huet de Coetlizan penche pour les républicains – qui se dérobait à la vue, et soudain on était assailli par des milliers de furieux, poussant d’effroyables cris, à la manière des sauvages. »

Les vezous ne se sont pas seulement illustrés à l’époque dans ce rôle de « musique militaire » certes rustique, mais terriblement efficace. On les trouve aussi animant les fêtes, puisqu’on dansait en ces temps de guerre, et pas seulement à la cour de Charette.


Patrick Proust 2Amédée de Béjarry le raconte dans ses Mémoires (2) : « Après deux années de guerre atroce – nous sommes alors en 1795 –, de périls presque incessants, la gaieté française reprenait le dessus. On jouait, on dansait au Boistissandeau (Les Herbiers) ; on dansait à Lande-Beaudière, chez Sapinaud (La Gaubretière) ; on dansait surtout à Belleville, chez Charette ; on dansait partout, et, chose plus extraordinaire encore, lorsque, les hostilités étant reprises, la mort avait recommencé à planer sur toutes ces têtes, on dansait encore. Parfois, le soir d’une expédition qui avait coûté la vie à quelques-uns, on se comptait. Une courte oraison funèbre était accordée aux victimes, puis quelque boute-en-train disait : Que faisons-nous ? et la danse trouvait encore des éléments. » Et d’ajouter en note : « Chantreau, bon musicien, était un de ces joyeux compères. Il avait découvert un violon et faisait le ménétrier, quand la vèze ne formait pas l’orchestre. »


Les vezous mènent encore la résistance bien après la fin de la guerre. Lemercier, commissaire du directoire exécutif du canton de Frossay, se plaint notamment, le 17 frimaire an VII (7 décembre 1798), que « des rassemblements nocturnes ont lieu dans la commune de Frossay, dans le Pays de Retz, des domestiques s’absentent la nuit avec des armes. On entend retentir la cornemuse à différentes heures de la nuit ce qui annonce la présence des prêtres réfractaires. » (3)


C’est un fait également avéré dans les Mauges (la Vendée Angevine), où l’on chantait dans les veillées cette vieille chanson :

Accourez donc tertous (= tous) chez nous,
J’avons la vèze, j’avons la vèze,
Accourez donc tertous chez nous,
J’avons la vèze et le vezou.

Celui qui la chantait faisait savoir qu’une messe clandestine aurait lieu chez lui, où se cachait un prêtre réfractaire (3). Les anciens s’en souvenaient encore au XXe siècle. Preuve que les vezous ont été attentivement écoutés…
  


Sources :

(1) Huet de Coetlizan (Jean-Baptiste), Recherches économiques et statistiques sur le département de la Loire-Inférieure, Annuaire de l’an XI, publié en l’an XII à Nantes.

(2) Béjarry (Amédée de), Souvenirs vendéens, Nantes, Émile Grimaud, 1884 ; réimpression Pays et Terroirs, 2003, p. 209.

(3) Quelques aspects du rôle des vezous pendant l’insurrection vendéenne, par Jean-Pierre Vallée, Savoir, n°48, mars 1999, p p. 11-14.
Photos : Thierry Équinoxe