On m’a reproché de ne pas avoir diffusé les articles parus dans Ouest-France mardi dernier, au sujet de la controverse sur les ossements du Mans et du projet des Alouettes*. Pour faire plaisir à l’intéressé, voici ce que m’inspire cette prose journaliste…

Les AlouettesLa chapelle du Mont des Alouettes fut achevée grâce au Souvenir Vendéen,
n'en déplaise à ceux qui s'efforcent de l'occulter.
  

Petit rappel des faits : En février 2009, 154 squelettes (dont 20 enfants) ont été mis au jour lors de travaux dans le vieux Mans, place des Jacobins. L’étude menée par l’Inrap (Institut de recherches archéologiques préventives) a révélé qu’il s’agissait de victimes de la bataille des 12 et 13 décembre 1793, au cours de laquelle nombre de Vendéens furent massacrés à travers la ville et dans ses environs. À présent que les travaux des scientifiques sont achevés se pose la question d’une sépulture pour ces restes humains.

Des cryptes virtuelles

Des projets ont aussitôt surgi, sans aucune concertation, pour réclamer le dépôt de ces ossements dans la crypte de l’église de Saint-Martin-Lars ou dans celle de la chapelle des Alouettes (qui n’existe ni l’une ni l’autre), chacun de leurs promoteurs s’exprimant tous azimuts aussi bien dans la presse régionale qu’auprès des autorités concernées. En première ligne sur ce front, Henry Renoul, mène son projet des Alouettes au nom de l’association Vendée Militaire, avec le soutien de l’ADCV (Association versaillaise des Descendants de Chouans et de Vendéens, dont le crédit est bien exagéré par les journalistes quand on sait que ses assemblées générales rassemblent trois personnes…). Une autre association, Vérité pour la Vendée, a même été entraînée bien malgré elle dans ce projet, alors qu’elle s’est exprimée pour celui de Saint-Florent-le-Vieil.

Qu’en est-il de ce projet des Alouettes ?

L’idée même d’une crypte sous la chapelle du Mont des Alouettes pose question : d’abord parce que, contrairement à ce qu’annonce son promoteur, elle n’apparaît nullement dans les plans originaux de l’édifice. Un article intitulé « Un intéressant document : Le projet primitif de la Chapelle des Alouettes », publié dans la Revue du Souvenir Vendéen n°59 (juin 1962), n’en fait pas état, alors qu’il détaille toutes les caractéristiques de la construction, jusqu’aux châssis vitrés.

Autre problème : La chapelle est bâtie sur une colline de granit homogène, une roche très dure et peu érodée en surface, ce qui compliquerait singulièrement l’excavation d’une crypte au milieu de la petite nef. Le promoteur du projet a beau prétendre que l’édifice repose sur des remblais pour contourner cette difficulté, il se trompe, puisqu’un éminent géologue qui connaît bien la Vendée met en doute ces supposés remblais, sinon le long de la route ou bien sous le parking. On n’en voit d’ailleurs aucune trace sur la carte géologique de la Vendée.

Un haut lieu des Guerres de Vendée ?

Après ces considérations techniques, passons à l’Histoire : On nous vend la chapelle des Alouettes comme « un haut lieu de commémoration de la mémoire vendéenne » (Ouest-France, 29 mars 2016). Mais que commémore-t-elle au juste ? Aucune bataille, ni aucun haut fait d’un général vendéen. Non, la chapelle fut érigée en souvenir du passage sur le Mont des Alouettes de la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le 18 septembre 1823. Elle fut érigée à partir de 1825 à l’endroit où l’on avait choisi de dresser la tente de la princesse. « Ce monument destiné à rappeler le plus beau jour des Vendéens, servira également de chapelle expiatoire où les fidèles viendront en procession une fois par an (le 18 septembre, anniversaire du jour où s’y trouva Madame la Dauphine en 1823) prier pour les malheureuses victimes de leur dévouement à la Légitimité. » (Revue du Souvenir Vendéen n°59, p. 16). Nous sommes donc bien ici sur un haut lieu du royalisme en Vendée, comme en témoigne également, à proximité immédiate de la chapelle, la présence d’une croix élevée en mémoire de Louis XVI en 1993.

Ce n’est, hélas ! pas le seul « arrangement » avec l’Histoire que s’est octroyé le promoteur du projet des Alouettes. Il a en effet manifesté un souci constant d’effacer de ce lieu toute trace du Souvenir Vendéen, alors que cette association (qui fut fondée en 1932 et compte aujourd’hui près d’un millier d’adhérents, excusez du peu…) fut chargée en 1962 d’achever la construction de ce monument laissé à l’abandon depuis 1830, comme une plaque le rappelle à l’intérieur de la chapelle. Il en a même créé un ersatz, dégainant son dictionnaire des synonymes pour remplacer « souvenir » par « mémoire », afin d’entretenir la confusion entre « Souvenir Vendéen » et « Mémoire Vendéenne ». Mais n’est pas le Docteur Coubard qui veut…

Alors, quel avenir pour ce projet des Alouettes ?

Comment son promoteur pourra-t-il convaincre la DRAC, actuel propriétaire des ossements découverts au Mans, de les lui céder pour les enfouir au fond d’une crypte fantôme sur un haut lieu du royalisme (qui plus est avec le soutien du Front national, voir Ouest-France, 1er avril 2016) ? L’équation s’avère compliquée, sachant que parmi les restes exhumés se trouvaient potentiellement des républicains. L’endroit semble donc bien mal choisi pour y établir « un monument de réconciliation » (Ouest-France, 29 mars 2016).

Quel dommage ! Il existe pourtant un autre lieu de mémoire, un lieu où le geste d’un Vendéen sauva la vie de milliers de Bleus ; un lieu où les victimes de la bataille du Mans entamèrent leur chemin de croix en franchissant la Loire, le 18 octobre 1793 ; un lieu où s’exprime toute l’histoire tragique et glorieuse des Guerres de Vendée : ce lieu, c’est Saint-Florent-le-Vieil !
  


* Voici l'article en question :

Les HerbiersOuest-France, mardi 29 mars 2016