Les Amis du Pont-Paillat sont revenus dans les Mauges hier, pour un périple autour de Bellefontaine et de Beaupréau. Je me suis chargé de guider notre petit groupe sur ces terres de mes aïeux, du chemin creux des canons si typique de la Vendée de 1793, au coteau boisé du Vigneau marqué par les massacres de 1794.

Beaupreau 2La Croix du Vigneau et la plaque du Souvenir Vendéen
  

Rendez-vous était donné à 10h devant l’abbaye de Bellefontaine. Les pénuries de carburant n’ont même pas dissuadé ceux d’entre nous qui venaient de loin. Après notre traditionnel café-brioche pour bien commencer la promenade sous un soleil riant, nous avons pris le chemin de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, haut lieu de pèlerinage en 1791. J’en ai retracé l’histoire, brossé le tableau de la Révolution et des persécutions contre l’Église catholique qui ont conduit les habitants des Mauges à affluer par milliers dans ce vallon reculé, prier la Vierge en ces temps de troubles. Deux fresques de part et d'autre du chœur de la chapelle, l’une représentant une procession, l’autre Jacques Cathelineau, le futur chef vendéen, sont venues illustrer mon propos.

De là, nous nous sommes mis en route par le sentier de randonnée jusqu’à la charmante vallée du Beuvron, si bucolique en cette saison. Un arrêt devant le petit oratoire aménagé dans le talus, et nous voici à la Planche de l’Eau, une passerelle de bois qui nous a fait changer de commune en passant de Bégrolles à Andrezé. Jusqu’à la Révolution, elle marquait même la limite entre deux diocèses : celui de La Rochelle (dont relevait l’abbaye de Bellefontaine) et celui d’Angers.
  

La Planche de l'EauSur la Planche de l'Eau, en direction du Chemin des Canons
  

En remontant le versant « angevin », nous arrivons bientôt dans l’un des plus authentiques chemins creux des Guerres de Vendée, le « Chemin des Canons ». Fortement encaissé entre deux hautes parois de schiste esserrées par les racines des arbres, il doit son nom au fait que les soldats républicains avaient bien du mal à y manœuvrer leur artillerie, quand les essieux de leurs canons se coinçaient dans la roche. On imagine alors sans peine une bande de Vendéens embusqués là-haut, tomber sur les Bleus qui n’avaient d’autre issue que l'étroit passage par lequel ils devaient fuir en abandonnant armes et bagages… et nombre des leurs piétinés dans la panique.

Au bout du « Chemin des Canons », nous sommes revenus sur nos pas pour faire provision d’images dans ce véritable décor de cinéma, et rejoindre la Planche de l’Eau. De là, nous avons obliqué sur la droite en direction de la ferme du Boulay et de la croix de Jeanne-qui-court. Nous avons marqué un nouvel arrêt devant ce petit monument fleuri d’iris et de myosotis, pour évoquer la vie de Jeanne Chupin, de sa rencontre terrifiante avec un loup et de son vœu de faire ériger une croix si elle en réchappait. Après un échange d’anecdotes avec Richard sur d’autres histoires de loups, nous avons bouclé notre tour de l’abbaye de Bellefontaine en regagnant les voitures. Il était 12h30, l’heure d’un joyeux pique-nique.

Encore du café, de la gâche et des chocolats (merci Jacqueline, Marie-Odile et Guy !) pour conclure ce déjeuner convivial, et en route pour Beaupréau dans un covoiturage particulièrement efficace !

La Loge fut notre première étape. Bien que préservée dans ses murs contemporains des Guerres de Vendée, la demeure du général d’Elbée a aujourd’hui bien triste mine dans son environnement méchamment urbanisé. Face à la déception de nos amis, j’ai tenté de restituer d’histoire de ce lieu, comment la famille d’Elbée y est arrivée, quel fut le parcours de notre général avant et pendant les premières années de la Révolution, et comment les insurgés du pays (notamment un certain Louis Delahaye, l’arrière-grand-père de mon arrière-grand-père) vinrent le chercher ici, le 13 mars 1793.
  

Beaupreau 4L'histoire de d'Elbée devant la Loge
  

Quittant cet environnement de béton où la nature semble avoir perdu ses droits, nous avons pris la direction du centre de Beaupréau. Deuxième étape à l’angle des rues de la Sablière et de la Pépinière (face à la rue d’Elbée !) pour découvrir la croix érigée par le Souvenir Vendéen en 1938, le seul monument à la mémoire de d’Elbée. Celui pour lequel la duchesse de Berry avait posé la première pierre, lors de sa visite à Beaupréau le 7 juillet 1828, n’a en effet jamais vu le jour.

En descendant la rue Mont-de-Vie, nous parvenons enfin à l’église Notre-Dame, étape obligée pour ses vitraux vendéens : la verrière des généraux à l’effigie de Cathelineau, Bonchamps, d’Elbée, La Rochejaquelein, Lescure, Stofflet et Charette ; celle de l’abbé Loir-Mongazon, avec un épisode de la Terreur caché dans les médaillons ; et celle de l’abbé Noël Pinot, qui avait trouvé refuge à Beaupréau avant de connaître le martyre à Angers, le 21 février 1794.

J’ai profité de la sérénité de l’endroit pour parler du clergé bellopratain sous la Révolution : les abbés Trottier et Clambart, curés de Notre-Dame et de Saint-Martin, les deux paroisses de la ville, le vicaire Poirier, massacré par les Bleus et inhumé dans l’église abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil… sans oublier le turbulent curé jureur Coquille d’Alleux dont Nadine a livré l’histoire ici.
  

Beaupreau 1Détails de la verrières des généraux vendéens dans l'église Notre-Dame de Beaupréau
  

Après une photo souvenir de notre groupe sur le parvis de Notre-Dame, nous avons flâné à travers la vieille ville – en plein chantier ! – pour atteindre le château de Beaupréau. Nouvelle évocation historique, cette fois de la bataille du 22 avril 1793, qui débarrassa les Mauges de la présence républicaine pour six mois ; et de la funeste nuit du 17 au 18 octobre 1793, quand les Bleus massacrèrent à leur retour les 400 blessés dans l’hôpital que les Vendéens avaient établi au Collège, visible sur notre gauche.

Notre retour à Notre-Dame s’est fait par d’autres ruelles de la vieille ville, passant par la cour du château et l’ancienne église Sainte-Croix. Et nous voilà repartis en voiture pour notre dernière étape au Vigneau, sur la route du Fief-Sauvin.

J’ai présenté ici les photos de mon repérage dans ce coin de bocage qui m’est cher. C’est là que vivaient mes ancêtres depuis le XVIIe siècle, à la ferme des Grandes-Places. De là que Louis Delahaye partit en guerre en mars 1793, pour une longue marche qui le porta de Saint-Florent à Luçon, et de Chantonnay jusqu’à la Virée de Galerne. Revenu au pays, il rallia la petite armée de Stofflet, mais perdit ses deux jeunes frères lors du grand massacre qui ensanglanta les environs du Vigneau au début du mois de février 1794.
  

Le Vigneau 7La stèle du Vigneau où reposent les martyrs des Colonnes infernales
  

Cet épouvantable massacre est commémoré par deux monuments : une croix à l’entrée du château des Places, sur laquelle le Souvenir Vendéen a posé une plaque en 1982 ; et une stèle constituée d’énormes blocs de granit rose de Saint-Macaire, érigée sur les restes des victimes un siècle après le carnage. Si la première est facile d’accès, au bord d’une route assez fréquentée, la seconde est perdue dans la végétation au sommet du coteau où 150 habitants du Fief-Sauvin et de Beaupréau pensaient avoir trouvé refuge, avant que les Bleus ne vinssent les y surprendre et les massacrer sur place.

Ce fut là notre ultime balade sur un sentier préservé de toute urbanisation, peuplé de pins parasols torturés par le vent et de genêts encore fleuris. Un de ces lieux, comme le « Chemin des Canon », si propices aux récits de la Grande Guerre de 93. C’est ce qui fait tout le charme des sorties des Amis du Pont-Paillat.

(pour les photos, merci à Nadine, à Marion et à Guy !)
  


À lire également le compte rendu de Richard sur son blog Chemins Secrets


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– 27 février 2016 : Pèlerinage en souvenir de Stofflet
– 14 février 2016 : Sur les pas de Monsieur Henri, du Pont-Paillat à la Durbelière
– 5 décembre 2015 : Promenade vendéenne au pays de Pouzauges
– 18 octobre 2015 : La Poitevinière
– 13 septembre 2015 : Balade vendéenne autour du bois d'Étusson