Le Courrier de l’Ouest publie régulièrement une chronique sur l’histoire et le patrimoine de Roussay. Dimanche dernier, nous en étions déjà au 35e article sur cette commune des Mauges, plus précisément sur l’un de ses curés, un personnage haut en couleur qui se fit remarquer sous la Révolution. 

Roussay
Le Courrier de l'Ouest, édition de Cholet, dimanche 21 août 2016
   


Le curé Guy-Joseph Duboueix exerça son ministère dans la commune de Roussay pendant dix ans, de 1781 à 1791. Il sema le trouble en demandant la suppression des vœux perpétuels, ajoutant : « À force de vouloir être sages et saints, nous sommes devenus fous ». Sa demande fut adressée à la haute autorité du clergé de la Sénéchaussée d’Angers ! (1) Allant encore plus loin, il prêta serment à la Constitution civile du clergé. Son vicaire reprit alors les offices dans l’église où il officiait, le temps d’un bras de fer que Duboueix perdit. Plus de deux siècles plus tard, on en parle encore.

Celui qui deviendra le curé Duboueix naît à Clisson le 12 juin 1749 (2), dans une famille de la haute bourgeoise, puisque son père est notaire royal. Son parcours religieux est classique. Une fois ordonné prêtre, il va de cure en cure pendant huit ans et arrive au prieuré de Saint-Martin de Roussay en novembre 1781. Là, il se fait remarquer en renvoyant l’un de ses vicaires, au motif qu’il lui reproche, avec raison, d’avoir touché une somme importante de « la portion congrue », c’est-à-dire du revenu prélevé sur la dîme et attribué au curé.

Le curé défroqué, « laïc et franc républicain »

C’est le premier coup de sang de Duboueix. D’autres suivent, comme lorsqu’il prête serment à la Constitution civile du clergé : ils ne sont que deux dans le Choletais, dont Duboueix, contre 43 qui refusent. Surprise, la population de Roussay est partagée. Leur curé, en place depuis dix ans, est donc du côté des Républicains ? (3) Mais maintenant, que va-t-il arriver ? Comment le vicaire du curé Duboueix va-t-il se placer, lui qui est resté fidèle au roi ?

Ce qui était prévisible et peut-être souhaité par la population se produit : le vicaire Gautret met en place un bras de fer entre lui et Duboueix, et reprend les offices. Les fidèles choisissent leur camp et rapidement le curé Duboueix se retrouve isolé. Il se plaint même de ne plus avoir de paroissiens ! (4) Devant ce qu’il appelle de l’injustice, il invite la population, avant de quitter Roussay en 1791, à faire de la délation, surtout envers les hautes personnalités de la commune, qu’il nomme et qui, selon lui, achètent tous les jours des biens nationaux.

« Je renonce à une profession devenue inutile et qui, dans les mains de tant de prêtres, fut dangereuse et nuisible. Je suis désormais laïc et le suis aussi irrévocablement que bon et franc républicain. »

Duboueix vient de franchir le Rubicon, et devient l’un des farouches partisans d’une Révolution des plus radicales, lui l’ancien curé de Roussay, lui qui a sermonné pendant dix ans ses ouailles sur la tolérance… (5)

Malgré toutes ses provocations et attaques contre une Révolution qu’il ne juge pas assez radicale, il va échapper à la chasse aux sorcières de l’après-Révolution qui se prépare et ce sera peut-être là son plus grand pied de nez envers ceux qui prévoyaient sa chute dans les abîmes de l’enfer. Mieux, un poste de conservateur des hypothèques lui est proposé, puis un autre de percepteur à Liré en 1803. Un poste qu’il n’occupera que peu de temps avant de décéder à Viellevigne le 11 septembre 1804.

Source : Le Courrier de l'Ouest, édition de Cholet, dimanche 21 août 2016
  


Notes

(1) C’est ce qu’il énonça dans un opuscule de Demandes, plaintes et doléances de M.D.B., chanoine régulier de l’ordre de St-Augustin, prieur-curé de R[oussay], présentées à l’assemblée du Clergé de la Sénéchaussée d’Angers. Outre la suppression des vœux perpétuels, il réclamait l’attribution exclusive de la dîme aux curés, la répartition égale des impôts entre le clergé du premier ordre et les curés, le refus de tout impôt à la cour de Rome, etc.

(2) Paroisse Saint-Jacques de Clisson. Guy Joseph Michel Duboueix a été baptisé le 13 juin 1749, sans indication du jour de sa naissance.

(3) La République n’était pas encore instituée à cette époque.

(4) Le 10 juin 1791, Duboueix se plaint de ne trouver personne à son service, « ni paroissiens ». Il s’en plaignit vivement au District de Cholet.

(5) Le 20 novembre 1793, Duboueix renonça publiquement à l’état de prêtrise. Son exaltation républicaine et son anti-thermidorisme lui valurent quelques soucis à la fin de l’année 1798. Chose curieuse, à l’été 1801, il reprit son titre de « vicaire général », obtenu après son départ forcé de Roussay, lorsqu’il adressa une Lettre pastorale au Clergé et aux Fidèles, dans laquelle il recommandait la tolérance !