Marcel Bluteau a publié en 2015, dans la revue de l’association Patrimoine du Pays Jardais (1), un article biographique sur Jean-Nicolas Ozouf (aussi noté Osouf ou Ousouf), un prêtre à la réputation sulfureuse qui, comme me l'a dit l’auteur, ne laissa pas « un bon souvenir » à l’abbé Billaud, son professeur d’histoire.

Abbe OzoufLa tombe du dernier prêtre de la Petite Église dans le cimetière des Aubiers
  

Né le 11 avril 1761 à Chevry, dans la Manche (et non à Dielette comme il est indiqué sur sa tombe), dans le canton de Tessy-sur-Vire, Jean-Nicolas (2) Ozouf débute sa carrière sacerdotale dans le diocèse de Coutances comme vicaire à Percy en 1790. Prêtre réfractaire non jureur, il émigre en Angleterre en 1791. Après son exil, il rentre en Normandie où on le retrouve curé de Mesnil-Herman en 1797, puis il se retire à Saint-Martin-de-Bonfossé en 1808.

Le 15 mars 1811, il arrive en Vendée, à Nesmy (3). « Les gens l’accueillirent sans lui demander qui l’envoyait. Pendant six ans, l’étranger (sic !) fit fonction de desservant. Il ne tint aucun registre paroissial. Le 4 octobre 1818, il vendit à un orfèvre des Sables (4), pour 56 livres, deux objets de valeur appartenant à l’église de Nesmy, à savoir un Christ et une custode… Il jugeait démodées ces reliques paroissiales… (5) ».

On ignore les motifs de son départ de Nesmy à l’automne de 1818. « Sans doute Ozouf scandalisait-il ses paroissiens. On l’accusait, déjà, d’ivrognerie. De plus, il avait à son service une dame Fontaine et son mari. La présence du mari n’empêchait pas les mauvaises langues d’aller leur train (6) ».

Il gagne ensuite Longeville, où il ne fait qu’un bref séjour avant d’arriver à Jard le 27 octobre 1818 « d’où les habitants, pourtant peu religieux, le chassèrent à cause des bruits scandaleux qui couraient sur son compte ». Jean-Nicolas Ozouf avait également avec lui sa nièce, Louise Céleste, qui épousa le 7 juillet 1819 Jacques Henri Brianceau, boulanger, né à Jard le 29 germinal an III (18 avril 1795), où il est décédé le 29 juin 1854. Témoins de cette union : son oncle et le curé de Longeville. Louise Céleste meurt prématurément – à 27 ans – le 2 juillet 1829 à Jard ; elle avait acheté une maison à Nesmy en 1817 – la Poste actuelle – que son mari vendra à Charles Auguste de La Voyrie, de la Domangère, le 13 mars 1821 pour 1.100 francs.

Cafetier à Nantes

Le curé de Jard n’est donc pas entouré d’une aura très élogieuse, notamment dans l’évêché de Luçon où il s’était réfugié. Un rapport de l’évêque dit de lui : « Prêtre interdit pour inconduite et ivrognerie ». En 1820, Ozouf quitte donc Jard et, sans doute sous le couvert du ménage Fontaine, s’installe à Nantes où il tient un café… qui devient vite un tripot. Mais la propriétaire, une dame Rousseau, indignée à son tour par l’inconduite du prêtre-cafetier, l’expulse.

C’est alors que, appelé par Mademoiselle Cossin de Belletouche de Maulévrier qui soutient farouchement la dissidence (7), il s’en vient dans les Deux-Sèvres, aux Aubiers – haut lieu des Guerres de Vendée – toujours accompagné des Fontaine. Le schismatique rayonne aux alentours et officie à Cirières, Beaulieu, Saint-Martin-Lars-en-Tiffauges. Il rend son âme à Dieu aux Aubiers, le 4 avril 1847. Il a fait de sa gouvernante, Louise Guemet, veuve Fontaine, sa légataire universelle… (8)

Ainsi s’achève, à 86 ans, les aventures du dernier prêtre de la dissidence de l’Ouest « l’une des figures les plus repoussantes du schisme » qui, refusant le serment en 1791 et passant en Angleterre, resta fidèle à ses convictions hostiles au clergé concordataire. On l’enterra près de son prédécesseur et coreligionnaire, l’abbé Fossey, normand comme lui. En octobre 1891, lors de l’exhumation des corps à l’occasion du transfert de leurs restes dans le nouveau cimetière des Aubiers, les ornements sacerdotaux qui couvraient les ossements étaient restés intacts malgré cinquante années passées sous terre !

Marcel Bluteau
(article reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur)
  


Notes
(1) Marcel Bluteau, Jean-Nicolas Ozouf, ancien curé de Jard, dernier prêtre de la Petite Église, revue de l’association Patrimoine du Pays Jardais (N° 18, juin 2015). L’abbé Ozouf vécut deux ans à Jard-sur-Mer, comme on l’apprend dans l’article de Marcel Bulteau.
(2) « Nicolas Jean François », sur son acte de baptême.
(3) Annexé au diocèse de La Rochelle, le diocèse de Luçon manquait alors de prêtres.
(4) Du nom de Chauveau.
(5) Note de l’abbé Sireau, curé de Nesmy, 25 octobre 1953.
(6) Auguste Billaud, La Petite Église dans la Vendée et Les Deux-Sèvres 1800-1830, Nouvelles Éditions Latines. (NDLR : L'abbé Billaud fait rarement dans la demi-mesure lorsqu'il décrit les prêtres dissidents.)
(7) Dans le Poitou, on appelle « Dissidents » les fidèles regroupés dans la « Petite Église » qui ont refusé les termes du Concordat de 1801 signé par Bonaparte et Pie VII. Un bref de ce Pape daté du 27 septembre 1820 a décrété la « Petite Église » schismatique. De nos jours, sans prêtres depuis la mort de Jean-Nicolas Ozouf, les « Dissidents » poitevins du catholicisme maintiennent toujours en Poitou les rites de l’Église catholique d’avant 1789.
(8) Testament établi à Nantes chez Maître Leclerc le 12 octobre 1827, enregistré le 17 mai 1847 (Papiers de famille).

Je renvoie enfin le lecteur à l'article de Richard Lueil publié sur Chemins Secrets : Nueil, Les Aubiers… Vieux pays, vieilles histoires...