Une curieuse lettre autographe signée, mise en vente à Nantes le 29 mars prochain, évoque les « faux chouans » qui ont tant nui à la cause catholique et royale. C’est ainsi qu’on appelait les bandes de galériens et de repris de justice déguisés en insurgés bretons afin de discréditer le combat des vrais Chouans. 

Faux chouans 1  
Initiées sous la Terreur au plus haut niveau de l’État, et organisées en Bretagne par le représentant en mission Jean Bon Saint-André, les unités de faux chouans furent constituées en puisant dans le bagne de Brest pour en extraire des fournées de galériens, qu’on affubla d’habits bretons, de scapulaires, cocardes blanches et chapelets, à charge pour eux de piller les campagnes, incendier et tuer au nom de Dieu et du Roi. Ces bandes de forçats accomplirent tant et si bien leur mission que nombre de paysans en vinrent à haïr les vrais Chouans. Ces derniers ne tardèrent cependant pas à riposter en pourchassant ces faussaires et en se montrant « plus impitoyable pour eux que pour les Républicains », comme Boishardy le déclara au général républicain Charlery.

« Ils s’habillent comme nous et pour nous mieux nous tromper
portent des rubans blancs à leurs chapeaux… »

Les faux chouans n’en continuèrent pas moins leur infâme besogne sous le Directoire, comme le montre cette lettre de Roger, aide-major général des armées de Rennes et Fougères, adressée à sa maîtresse Mlle Rachel Joanson à Guernesey. Outre le caractère privé assez décalé rapport aux événements vécus par l’intéressé, cette missive datée du 6 mai 1796 nous dit ceci : « J’étois à visiter la division du Maine lorsque j’ai appris mais trop tard que les Mandats étoient dans ce pays-ci […] Demain matin à 4 heures, nos colonnes partent pour attaquer un bourg où sont retranché cinq cent pataux, c’est à dire des paysans armées contre les Chouans. Ils sont d’autant plus dangeureux qu’ils s’habillent comme nous et pour nous mieux nous tromper portent des rubans blancs à leur chapeaux comme nos chasseurs ; mais ils ont beau faire nous leurs faisons passer de mauvais moment. Avant hier encore, nous en avons mis près d’Enée [vraisemblablement Ernée en Mayenne] quelques uns sous la terre. Malheureusement, nous perdons de temps en temps de nos braves camarades […] Saint Cantin est tué, Danicourt aussi, Mr de St Gilles, Laurant de La Prude-Maeto, La Pivardière… »

Faux chouans 2

La vente de cette lettre autographe (lot n° 502, estimation 500 à 700 €) aura lieu le mercredi 29 mars 2017, à 14h00, à l’étude Couton Veyrac Jamault (8 rue de la Miséricorde, à Nantes).