À l’époque où tout semblait perdu pour l’insurrection vendéenne, au début de l’année 1796, une poignée d’irréductibles vendéens conduits par Joseph Amand de Vasselot refusèrent de désarmer. La fin brutale de Stofflet et de Charette condamna cependant à court terme ce dernier îlot de résistance. 

VasselotLe château de Saint-Mesmin de nos jours (à gauche) et l'exécution de Vasselot sous les yeux de sa fiancée (dessin de M. de La Pintière, à droite)
  

Alphonse de Beauchamp a consacré plusieurs pages à Joseph Amand de Vasselot d’Annemarie (1762-1796) dans son Histoire de la guerre de la Vendée (1). En voici quelques extraits :

Vasselot, d’une des familles les plus anciennes et les plus riches du Poitou, était cousin germain de La Rocheiaquelein et de Lescure. Lieutenant de vaisseau avant la Révolution, il avait fait toute la guerre d’Armérique, s’unit depuis à un corps de cavalerie noble pour la campagne de 1792, qu’il fit sous les ordres des princes ; de là passant en Angleterre, il conçut l’espoir de se jeter dans la Vendée.

Son intelligence et son audace déterminent Puisaye, pendant son séjour à Londres, à lui donner une mission. Vasselot se charge de quelques secours pécuniaires, qui, joints à l’espoir de secours prochains et plus abondants devaient prémunir les Vendéens contre l’amnistie publiée par la Convention, et les retenir sous leurs drapeaux. Mais en débarquant sur la côte de Bretagne, Vasselot fut pris, et ne dut la vie qu’à la paix de la Mabilais (2). À peine est-il libre, qu’on lui confie de nouvelles missions. Il se rend d’abord à l’île d’Yeu, puis auprès de Stofflet, et apporte à Puisaye, dans le Morbihan, des lettres de ce chef et de son commissaire général. Vasselot brûlait du désir de prendre les armes pour la cause de son roi, et de former un parti dans le midi de la Vendée, son pays natal (3).

Saint-Mesmin, le Fort Alamo de la Vendée

Vers la fin de 1795, il se rend aux châteaux de la Guierche et de Saint-Mesmin, propriétés de sa famille, et y forme secrètement un petit corps de troupes légères, qui, au premier signal, devait renforcer la division de Sapinaud ou se joindre à l’armée de Stofflet. Le château de Saint-Mesmin, vieille forteresse, lui servait de retraite et de centre d’opérations. À plusieurs reprises il y repoussa les attaques des républicains. Irrités de la résistance qu’on leur oppose, ceux-ci reviennent à la charge avec deux mille hommes et deux pièces de canons. Cette petite armée républicaine commence le siège, qui dure plusieurs jours (du 20 au 24 février 1796).

Quel est l’étonnement des chefs et des soldats, lorsque les assiégés, forcés de capituler faute de vivres, sortent avec les honneurs de la guerre, au nombre seulement de cinquante hommes, et ayant à leur tête le nommé Péault, ancien garde-chasse. Cet homme, très habile tireur, et chargé par Vasselot de la défense du château, avait nourri le feu presque lui seul, avec les fusils que ses compagnons d’armes lui chargeaient successivement. C’est ainsi qu’il avait tué aux assiégeants plus de monde qu’il n’en avait lui-même pour la défense du château.

Derniers combats dans le Haut-Bocage

Dans l’intervalle, Vasselot, réuni à Grignon, son cousin, et à quelques soldats affidés, opéra sa jonction avec la division de Sapinaud, aux prises alors avec les forces de Hoche. C’était au moment où Stofflet succombait (25 février 1796) et où Charette se trouvait accablé par les républicains et affaibli par des défections. Sapinaud s’étant demis de son commandement, Vasselot osa le remplacer, alors que tout semblait perdu sans ressources. Il réunit environ huit cents hommes, et battit les républicains à Saint-Michel (31 janvier 1796). Il projetait d’aller attaquer Fontenay, mais les grandes eaux l’arrêtèrent.

S’étant réuni à plusieurs petits rassemblements vendéens abandonnés par leurs chefs, il voulait tenir tête aux nombreuses colonnes républicaines. Il leur résista avec un grand courage, dans l’espoir de dégager Charette ; mais ce chef, alors aux abois, tombant au pouvoir de Hoche, Vasselot et Grignon, qu’on peut nommer les derniers Vendéens, eurent à soutenir tout le poids de la guerre. Défaits à Chantonnay, défaits encore à Saint-Vincent-Sterlanges (14 février 1796), leurs soldats se dispersèrent, et eux-mêmes ne se dérobèrent à la mort que par la fuite.

La fin tragique de Vasselot

Vasselot se réfugia au château de Mesnard, près des Herbiers, d’où il faisait aisément des courses secrètes. Un jour, vers la fin d’avril, étant sorti déguisé en paysan, il fut rencontré par trois soldats, qui, à son langage, le soupçonnèrent d’être tout autre qu’un simple habitant des campagnes. Ils le saisissent et le conduisent aux Herbiers, devant les généraux Monet et Beauregard. Il passa la nuit entouré d’officiers, et l’un d’eux lui fit, dit-on, partager son lit. Traduit le lendemain devant une commission militaire, il est condamné à mort, et les ordonnateurs de son exécution forcent mademoiselle de Mesnard, qu’il aimait, de se tenir à sa fenêtre tandis qu’on le fusille dans la cour du château (4).

On outrage ensuite sa mémoire ; on accrédite qu’il a fait aux généraux républicains des aveux qui compromettent son parti, et qu’il a déclaré de plus que Hoche était menacé du poison. Un imprimé fut répandu avec profusion dans la Vendée, sous le titre d’Aveux du comte de Vasselot, pièce apocryphe, imaginée pour abattre sans retour le parti vendéen expirant et pour déconcerter les agents royalistes. On assure que Vasselot mourut sans donner aucun signe de faiblesse et encore moins de lâcheté. Plus heureux, le comte de Grignon, son ami et son parent, échappa à toutes les recherches, et on le verra reparaître dans l’insurrection de 1799 (5).

Ainsi tout se trouva subjugué ou soumis dans la Vendée au mois d’avril 1796.
  

Le Souvenir Vendéen a posé une plaque à la mémoire de Joseph Amand de Vasselot au château de Mesnard le 20 juillet 1953 (Revue du Souvenir Vendéen n°25, Noël 1953).

 


Notes :
(1) Paris, 1820, tome IV, pp. 221-225.
(2) Traité de paix signé au manoir de la Mabilais, près de Rennes, entre les Chouans et les représentants de la République le 20 avril 1795 (Beauchamp écrit « la paix de la Prévalaye » qui fut signée quelques années plus tard, le 22 janvier 1800).
(3) Il est né au château de la Guierche, à Saint-Amand-sur-Sèvre (Deux-Sèvres).
(4) La date de son exécution est généralement établie au 4 mai 1796.
(5) Il sera tué au combat de Chambretaud, le 18 novembre 1799.