L’inventaire des rues vendéennes à Montfaucon-sur-Moine nous a fait passer par une ruelle escarpée doublée d’un escalier : le « passage de la Mancotte ». Ce nom mystérieux a pour origine un massacre perpétré dans ce bourg dans les premiers jours de janvier 1794. 

Le passage de la Mancotte  
Venant de Montrevault pour se rendre à Tiffauges, la colonne infernale du général Cordelier passa par Gesté et Montfaucon, où elle campa dans la nuit du 5 au 6 janvier 1794. L’officier républicain en rendit compte à Turreau, son supérieur, en ajoutant : « J’ai ponctuellement exécuté ton ordre de purger, par le fer et le feu, tous les endroits que j’ai rencontrés sur ma route : car indépendamment que tout brûle encore, j’ai fait passer derrière la haie (expression républicaine pour « tuer ») environ six cents particuliers des deux sexes ». (J.-J. Savary, Guerres de Vendéens et des Chouans contre la République française, t. III, pp. 156-157)

Le massacre de Montfaucon

Célestin Pasquier (1895-1987), l’historien de Montfaucon, a raconté ainsi cet épisode tragique : « Ils (les soldats de Cordelier) arrivèrent dans la commune au creux de la nuit (du 5 au 6 janvier 1794), personne ne se méfia car aucun bruit de galop ne fut entendu par ceux du bourg qui devaient monter la garde et pour cause, les républicains qui étaient passés par Le Bourg-Hardy (à l’entrée nord de Montfaucon, sur le chemin de Saint-Germain-sur-Moine), avaient enveloppé les sabots de leurs chevaux avec des linges volés à Gesté ! Tous savaient que les colonnes infernales étaient proches. La Convention nationale avait décidé d’anéantir la Vendée, mais personne ne savait quand et comment… Toute la nuit, les républicains burent plus que de raison. La population restante de Montfaucon tremblait de peur envers ces gens qui semblaient complètement fous, la nuit ne fut que débauches, orgies et pillages. Puis arriva ce terrible matin, ordre fut donné de rassembler tout le monde sous les halles (actuelle place des Halles) et sans qu’aucun ordre ne fut donné, les soldats qui étaient encore pris de vin se mirent à massacrer la population, des bébés aux vieillards. Au couteau, à la baïonnette, au sabre, avec la crosse des fusils, ils tuaient et tuaient sans cesse… Victoire Rousseau fut trouvée sous un monceau de cadavres. Il y avait deux rescapées, elle, qui n’avait plus qu’une main et une autre petite fille qui avait sa gorge traversée par une lame, mais qui ne survécut pas ».

Victoire Rousseau, rescapée du massacre

Qui était Victoire Rousseau, cette enfant mutilée par les Bleus, mais survivante de ce carnage ? Née le 10 mars 1792 à Montfaucon-sur-Moine, elle était la fille de Mathurin Rousseau et de Jeanne Chevallier. Elle n’avait pas deux ans lorsqu’elle fut amputée au milieu du bras par un coup de sabre républicain le jour du massacre de 1794, ce qui lui vaudra son surnom de « mancotte », c'est-à-dire la manchotte.

Bénéficiaire d'une pension de 50 francs par an accordée sous la Restauration, elle sollicita une aide supplémentaire, le 28 mai 1825, pour subvenir à ses maigres besoins. Les Archives du Maine-et-Loire ont publié son dossier en lien ici (dossiers vendéens -> dossiers individuels -> Roc-Rus : Victoire Rousseau).

Restée célibataire toute sa vie, la pauvre femme tenait une petite épicerie en haut de la place de la Motte jusqu’en 1865. La maison située à l’actuel n° 18 a été démolie, reconstruite et agrandie depuis cette époque.

Victoire Rousseau fut le dernier témoin des Guerres de Vendée à Montfaucon-sur-Moine. Elle rendit son âme à Dieu chez elle, le samedi 18 avril 1863, à deux heures de l’après-midi. Elle a laissé son surnom à ce passage de Montfaucon, grâce à l’intervention de Célestin Pasquier qui est toujours resté attaché à son souvenir.
  

Victoire Rousseau ANLa naissance de Victoire Rousseau dans la liste chronologique NDM 1790-1800

Victoire Rousseau ADL'acte de décès de Victoire Rousseau

Montfaucon place de la MotteVue de la place de la Motte à Montfaucon-sur-Moine.
La maison de Victoire Rousseau se situait en haut à gauche.