Les historiens ne retiennent bien souvent de la vie de l’abbé Barbedette, que son rôle dans la découverte du Grand Massacre des Lucs-sur-Boulogne, les 28 février et 1er mars 1794. Ce prêtre occupe pourtant une place de premier plan tout au long de la guerre, comme on peut le lire dans cette article de La Maraîchine normande. Le Courrier de l’Ouest l’a complété hier, en racontant le passage de cet « agitateur » à Roussay en 1804. 

CO 28 mai 2017 1Le Courrier de l’Ouest, édition de Cholet, dimanche 28 mai 2017
  

Considéré en haut lieu gouvernemental comme ayant été un agitateur politique pendant les Guerres de Vendée, le curé Charles-Vincent Barbedette quitte les Lucs-sur-Boulogne et arrive discrètement à Roussay, il est sous mandat d’expulsion vers l’Italie. La population de Roussay ne comprend rien a toute cette agitation.

Qui est Charles-Vincent Barbedette (1742-1813) et que lui reproche-t-on pour que son arrivée à Roussay déclenche un véritable bras de fer entre ceux qui le protègent et ceux qui tiennent à ce que l’exécution d’expulsion du territoire français soit respectée ? Physiquement, il est décrit comme étant de haute taille. « Il en imposait ». Curé des Lucs-sur-Boulogne (nom actuel), il refuse de prêter serment à la constitution civile du clergé en 1791, ce sera sa première condamnation.

Il arrive discrètement à Roussay le 5 février 1804

Alors que nombre de prêtres préfèrent s’exiler devant le diktat révolutionnaire, le curé Barbedette reste dans sa commune, caché par ses paroissiens. Pour lui, pas question d’une résistance passive, il va reprendre quand il le peut les réunions publiques, pour prêcher une nouvelle guerre sainte : « Les balles et boulets de canons ne vous atteindront pas ! » Joignant les actes à la parole, il accompagne ses paroissiens aux combats et fut même, plusieurs fois, porté disparu.

Sur les champs de bataille, son courage est reconnu des républicains et des Vendéens : « Marchant à l’avant-garde, un crucifix en mains, relevant les blessés et donnant l’absolution aux mourants, sans se soucier ses balles qui sifflaient autour de lui ». Et toujours il exhorte, lors des défaites, à la revanche en assurant que tous ces mauvais moments se termineront forcément par le triomphe de la cause religieuse. Ce qui est considéré, en haut lieu, comme de la provocation, va lui attirer les pires ennuis et ordre est donné au général Travot de l’arrêter. « C’est plus facile à dire qu’à faire ! » répond-il du tac au tac. Et le curé Barbedette continue ses provocations et est même soupçonné d’ensorceler les bleus : « Le temps de la vengeance n’est pas encore arrivé… » Cette fois il va trop loin et est condamné avec exécution immédiate à la déportation.

Mais un comité d’accueil l’attend, et ce n’est pas celui que l’on pense. La commission du Directoire exécutif ayant à sa tête le général Travot veut : « Qu’il soit saisi à Roussay et conduit sous bonne escorte à la déportation, car cet homme est dangereux ». Ce n’est pas tout à fait ce qui va se passer, car le curé Barbedette profite de certaines complaisances, civiles et religieuses, à tous les niveaux et le bras de fer s’installe : « Il doit être déporté, c’est un agitateur ». Ce à quoi répondent ses protecteurs : « Personne ne touchera au curé Barbedette ». L’affaire Barbedette commence à Roussay devant une population dubitative qui n’y comprend plus rien !

Article du Courrier de l’Ouest, édition de Cholet, dimanche 28 mai 2017
     

CO 28 mai 2017 2Le Courrier de l’Ouest, édition de Cholet, dimanche 28 mai 2017